Robert Vernay - Passeport diplomatique agent K 8 (1965)


Commençons par les choses qui fâchent (un peu) : seule une version italienne de Passeport diplomatique agent K 8 circule sur la toile. Certes, le fait qu’il s’agisse d’une production franco-italienne peut l’expliquer mais cette absence de traduction française étonne pour un film qui prend quand même pour vedette notre Roger Hanin national. De plus, commentaires et critiques à son sujet sont rares, pour ne pas dire presque inexistants. Pourtant ce film mérite mieux que l’oubli dans lequel il a sombré et le désintérêt qu’il semble susciter. Contrairement à ce que ses titres français et italien (Agente Tigre Sfida Infernale) pourraient laisser croire, il ne s’agit pas d’un énième europspy comme il en fleurissait à l’époque ni d’une aventure du Tigre, héros que Roger Hanin venait d’incarner avec succès à deux reprises pour Claude Chabrol et dont les distributeurs italiens jamais à court d’imagination ont pensé tirer profit en y faisant faussement référence. 


Son noir et blanc sinistre et ses décors plantés dans un réalisme norme rattachent davantage Passeport diplomatique agent K 8 à l’espionnage austère de John Le Carré (dont l’adaptation de L’espion qui venait du froid  triomphait l’année d’avant) qu’à celui, ludique et spectaculaire, de Ian Fleming. Point de gadgets ni même beaucoup d’action mais une histoire pas toujours très claire d’un scientifique kidnappé  servant de monnaie d’échange avec des otages venus du bloc soviétique. Réalisateur notamment de la série Bob Morane, Robert Vernay (secondé par Paul Vecchiali !) adapte un bouquin de Maurice Dekobra ("La Madone des sleepings") en insistant sur une atmosphère glaciale et maussade qui pourra décevoir ceux qui espéraient y butiner un divertissement à la fois coloré et décontracté, mais confère au film une bonne part de son charme. Charme qu’il tire en outre de la beauté de Christiane Minazzoli qui, tout en blondeur racée, vole nettement la vedette à un Roger Hanin dont on n’a d’ailleurs jamais vraiment compris le succès. On relèvera également la présence du toujours impeccable Charles Millot, un de ces troisièmes couteaux français dont on ne retient jamais le nom, et celle de Donald O’Brien que les amateurs de bis italien connaissent bien.  (09.05.2025) ⍖⍖


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