William Keighley - Agent spécial (1935)


Agent spécial compte parmi les nombreux films que Bette Davies a tournés pour la Warner au début de sa carrière. Si son nom trône en haut du générique, ce n’est toutefois pas elle qui incarne cet agent spécial du Trésor américain chargé d’enquêter sur un escroc notoire mais son fidèle partenaire, le pâle George Brent, acteur dont la mollesse l’a condamné à passer presque toute sa carrière dans l’ombre des puissantes stars féminines de l’époque. Elle écope du rôle, peu crédible par surcroît, de la comptable du mafieux séduit par le héros, qui ne lui permet pas, loin s’en faut, de donner la pleine mesure de son talent ni de son fort tempérament. De format modeste, Agent Spécial est à l’image de son personnage, routinier et trop peu personnel, produit typique du style Warner des années 30 qui pourrait aussi bien porter la signature de Archie Mayo que d’Alfred Green, autres réalisateurs maison du studio. 


Si dans sa dernière partie, entre procès et fusillade, le film s’emballe enfin et nonobstant des intérieurs à l’éclairage soigné, le fait est que William Keighley fera mieux par la suite avec Guerre au crime (1936), Torrid Zone (1940) et surtout La dernière rafale (1948), assurément son meilleur film, porté il est vrai par un Richard Widmark des grands jours. Long de 76 minutes, Special Agent n’a pas le temps d’ennuyer, qualité qui, associée au charme désuet des productions Warner d’alors, le rend agréable. Mais à sa vision, on comprend pourquoi Bette Davies a rapidement été insatisfaite de ces films de consommation courante qu’elle usinait à un rythme effréné pour se concentrer sur des projets plus ambitieux tels que L’insoumise, La lettre ou La vipère. (29.04.2025) ⍖⍖


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