Kōji Wakamatsu - Technique de l'amour : Kama-Soutra (1970)


Bien que considéré comme un des maîtres du pinku, nom donné aux films érotiques japonais, Kōji Wakamatsu (L’amour derrière les murs) était pourtant avant tout un cinéaste aussi engagé que radical, ce qui lui permit de s’extraire du carcan de la sexploitation. De fait, lorsqu’il s’empare du kamasoutra, il s’agit moins pour lui d’accoucher d’une banale pellicule rose que de livrer un objet filmique plus expérimental qu’excitant. Ayant besoin de sous pour mener avec son fidèle complice Masao Adachi, le projet de documentaire propalestinien, Armée rouge – FPLP : déclaration de guerre mondiale (1971), il accepte de trousser Technique de l’amour : Kama-Soutra dans la veine éducative et néanmoins sexy de The Ideal Marriage (1968) que Franz Josef Gottlieb venait de tirer avec succès des travaux du gynécologiste Van de Velde. Mais avec sa malicieuse roublardise habituelle, Wakamatsu s’amuse à ne surtout pas faire ce qu’on attend de lui. Ceux qui espèrent sucer dans ce film un érotisme exacerbé en seront donc – évidement – pour leur frais. 

Prétexte à analyser la sexualité des Japonais dans le contexte de la fin des années 60 marquée par l’essor du capitalisme et du matérialisme, Ai No Technique se divise en deux parties distinctes que relie entre elles une voix off omniprésente, la leçon suivie d’un cas pratique. La première prend la forme d’un documentaire où, dans un décor minimaliste aux couleurs psychédéliques, deux couples exécutent les positions du kamasoutra, sur fond de musique classique. Le réalisateur y filme les corps avec un détachement didactique et cette froideur qui lui est propre, trouble et désincarnée. D’un aspect (relativement) plus conventionnel, la seconde moitié accouple, entre quatre murs suintant l’immoralité,  sexe et mort punitive autour d’une femme infidèle incarnée par Eri Ashikawa, actrice fétiche de Wakamatsu (La vierge violente, Je suis mouillée). D’un postulat à la fois (faussement) éducatif et érotique, le cinéaste réussit donc à faire œuvre personnelle. Alternant couleurs chamarrées et noir et blanc épuré, cet objet hydride est à prendre pour ce qu’il est, moins un film qu’une (ré)création expérimentale et cependant envoûtante par la beauté de ses plans fixes, qui porte l’incontestable signature de son géniteur, metteur en scène culte parmi les plus doués – et fascinants - de la nouvelle vague japonaise.  (15.06.2025) ⍖⍖

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