Chris Noonan - Babe, le cochon devenu berger (1995)

Les meilleurs films pour enfants sont généralement ceux qui, sous l’apparence d’une histoire rigolote, abordent des questions plus graves et sérieuses. Tel est le cas de Babe, le cochon devenu berger, succès surprise de l’année 1995 étonnamment produit par George Miller (Mad Max) qui, au-delà du défi technique relevé de faire parler cochon, brebis, oie ou toutou, interroge nos rapports aux animaux. Dès leur naissance, ceux-ci  sont assignés à une fonction au service de l’Homme. Au mieux, les plus chanceux, chats ou chiens, occupent une place privilégiée aux côtés des humains. D’autres sont élevés pour leur lait (vaches), leur laine (moutons) ou leur force (chevaux). Au pire, ils n’échappent pas à la casserole ; c’est la finalité de leur (plus ou moins) courte existence. De tous, le cochon est peut-être celui qui connaît le sort le plus dur et malheureux, animal intelligent condamné à (sur)vivre entassé au milieu de ses congénères de misère avant d’être abattu. Tout ça pour finir dans l’assiette sous la forme de saucisson et autres rillettes. Le film ne pouvait prendre pour héros animal plus cruellement traité. Comment de fait ne pas être ému lorsque, dans un hangar effrayant, le porcelet est arraché à sa maman en une introduction pour le moins brutale. Comment ne pas ressentir une profonde tristesse lorsque Babe pleure cette absence maternelle trop tôt survenue et qu’il cherche désespérément à combler auprès d’une chienne qui elle-même souffre d’avoir été séparée de sa portée. 


Si la ferme dans laquelle il échoue a quelque chose d’un havre de paix verdoyant et hors du temps, le danger n’est pourtant pas totalement écarté pour le petit cochon qui menace de finir en repas de Noël. C’est en se rendant indispensable, qu’il évitera finalement la mort que sa condition de jambon sur pattes lui promettait. Ainsi, cette histoire amusante de cochon devenu berger cache en vérité une réflexion amère sur la vie des animaux et les souffrances que les hommes leur infligent. Excellent dans la peau du fermier aussi taiseux que son cheptel est bavard et seul humain à faire preuve d’humanité, justement, James Cromwell trouve là un sujet selon ses convictions, militant farouche pour la cause animale.  Fable écologique, le film se double aussi d’une allégorie des rapports humains régis par des stéréotypes qui dictent toute une hiérarchie sociale, chaque espèce étant persuadé de sa supériorité sur les autres. Babe, c’est aussi l’étranger qui doit s’intégrer dans une communauté déjà existante avec toutes les difficultés que cela suppose. L’opposition entre force et bienveillance se dessine également en filigrane, la première incarnée par le chien Rex, la seconde par le cochon qui s’imposera comme berger en se faisant apprécier des moutons. Babe est une œuvre humaniste et touchante. Ce sont ses belles valeurs de tolérance davantage que ses effets spéciaux aussi performants soient-ils qui permettent à ce conte animalier d’échapper aux affres du temps malgré ses (déjà) 30 ans au compteur… Comment ne pas devenir végétarien après l’avoir vu ? (18.06.2025) ⍖⍖⍖


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