Joseph W. Sarno - Daddy, Darling (1970)

Dans l’univers de l’érotisme pelliculé (le porno l’a en revanche moins inspiré), il y a Joseph Sarno et puis les autres, ceux ou celles qui se morfondent dans un morne softcore. Non seulement parce qu’il accorde une attention particulière à la forme, soignant cadrage, éclairage et bande-son mais plus encore pour son obsession de la sexualité féminine dont il n'a eu de cesse dans ses meilleurs films, de capter les plaisirs enfouis, les fantasmes refoulés, de saisir avec une étonnante sensibilité la montée de l’orgasme, en épousant toujours le regard et le ressenti de la femme et non de l’homme. Certes moins élaboré tant d’un point de vue visuel que psychologique que All The Sins Of Sodom (1968) que d’aucuns considèrent à raison comme l’un de ses chefs-d'œuvre, Daddy, Darling n’en demeure pas moins un des films les plus représentatifs de son art, autrefois ignoré, aujourd’hui tenu en très haute estime par les critiques pour qui Sarno est un véritable auteur. Désireux d’explorer des sujets encore tabous à l’époque (et qui le sont toujours encore un peu), tels que les pulsions incestueuses, non d’un père mais de sa fille, ou l’homosexualité féminine, sur fond de foyer familial décomposé, il tourne Caresses interdites au Danemark, pays réputé pour son rapport plus libre au sexe, comme la Suède où il venait de réaliser Inga, la séductrice au corps de velours ou Kvinnolek en 1968. 


Le cinéaste y prend pour héroïne Katja, une étudiante de 19 ans qui vit avec son père veuf, pour lequel elle ressent un amour équivoque. Jalouse de la femme qu’il souhaite épouser, la jeune fille cherche à séduire son papa. Sans succès. Commence alors pour elle  une sorte d’errance charnelle et sexuelle qui la conduit à la découverte du plaisir féminin et des amours saphiques. Malgré son sujet et un titre français qui fleure bon le porno (ce qu’il n'est absolument pas), Daddy, Darling ne s’enfonce jamais dans le scabreux ou le vulgaire. Les scènes érotiques sont superbement photographiées par Mikael Salomon (qui travaillera plus tard avec Steven Spielberg ou Ron Howard avant de réaliser le médiocre Pluie d’enfer avec Morgan Freeman!), tout en clair-obscur, laissant ombres et lumière modeler les corps. Plutôt que de montrer, Sarno préfère suggérer, épier les réactions qui traversent ou transforment le visage de son héroïne, comme lorsque son amie fait l’amour avec son petit copain à côté d’elle dans leur lit ou plus tard quand elle est initiée au cunnilingus. Le réalisateur est aidé par sa comédienne, la jeune Helli Louise, dont le physique plus banal et sexuellement moins agressif, que ceux de Marie Liljedhal ou de Christina Lindberg qu’il a dirigées, malgré des seins ravissants aux tétons généreux, suinte une forme de naïveté teintée d’une sourde perversité, qui colle parfaitement aux émois de son personnage. Conjugué au féminin, Daddy, Darling est un film beau et délicat sur l’éveil à la sexualité d’une jeune fille. (02.07.2025) ⍖⍖


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