Antonia Bird - Face (1997)


Face s’inscrit dans une longue tradition du polar anglais, de Police sans armes (1950) à Un homme pour le bagne (1960), de La loi du milieu (1971) à La cible hurlante (1972), pour ne citer que quelques spécimens parmi les plus passionnants d’un cinéma qui s’enracine le plus souvent dans un terreau social grisâtre qui en fait tout le sel. Biberonné au gauchisme, Ray a troqué ses idéaux pour le banditisme. Avec d’autres foireux, il braque un dépôt bancaire. Plus maigre que prévu, le butin n’en attise pas moins les convoitises et disparaît peu après, dérobé par un traitre dont il est évident qu’il s’agit d’un des membres de la bande. Mais lequel ? Réalisatrice trop tôt disparue, auteur d’une poignée de films, Antonia Bird signe un polar tendu et nerveux, planté dans la morosité de la banlieue londonienne mais dont il est dommage qu’au terme de l’assaut d’un commissariat déjà passablement invraisemblable, il s’achève par un happy end convenu qui, s’il fera plaisir aux cœurs les plus tendres, l’assèche de cette force tragique qui aurait pu l’élever au-dessus d’une banale histoire de braquage qui tourne mal. 


Les renvois appuyés au passé gauchiste du héros ne sont pas non plus des plus subtils par ailleurs. Ecueils qui n’entament toutefois pas la solide tenue de Face que bétonnent d’excellents comédiens. L’interprétation c’est bien sûr Robert Carlyle, qu’Antonia Bird avait dirigé à ses débuts dans Prêtre (1994) et qu’elle retrouvera deux ans plus tard à l’occasion du fameux Vorace. De Riff-Raff (1990) à Trainspotting (1996) sans oublier The Full Monty (1997), quoique sur un monde plus léger, l’acteur n’est jamais aussi bon que dans ces rôles de prolétaires, petites frappes qui tentent d’échapper à leur condition par des moyens plus ou moins légaux et dont il a le banal physique amoché mais séduisant. Ray Winstone, tout en brutalité rentrée, Phil Davis en chien fou ou le vétéran Peter Vaughan complètent cette distribution à l’anglaise, âpre et réaliste, à laquelle Lena Headey apporte une touche de douceur agréable mais superflue. Un bon polar justement primé au festival de Cognac. (20.07.2025) ⍖⍖⍖


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