Durant sa longue et prestigieuse carrière, Fritz Lang a maintes fois démontré sa maîtrise dans tous les genres rois de Hollywood, qu’il s’agisse du western (Le retour de Frank James, L’ange des maudits) ou le polar (L’invraisemblable vérité). Le film d’aventures lui convient aussi parfaitement comme le prouve Les contrebandiers de Moonfleet, une de ses plus magistrales réussites, quand bien même le résultat final ne l’a pas satisfait, allant jusqu’à le renier (le montage lui échappa). Il s’agit d’un film d’aventures bien particulier, très éloigné de ceux réalisés par Henry King ou Richard Thorpe par exemple, ne serait-ce déjà par l’ambiance unique, obscure et morbide qui le parcourt. Les images sont sombres, le récit relativement lent. Annonçant presque l’horreur gothique de la Hammer, il y a quelque chose d’oppressant dans ce film, ce que la présence de pendus se balançant au bout d’une corde au milieu de la lande, de statues aux yeux brillants et la destinée tragique du personnage interprété par Stewart Granger, contribuent à renforcer.
Fritz Lang, cinéaste allemand qui a fui le nazisme, est considéré comme un auteur. Ainsi, son film n’est pas une banale histoire d’aventures. Les contrebandiers de Moonfleet se révèle être une œuvre sérieuse et grave. Ici, pas de happy end convenue, de pas héros qui roucoule et qui reste avec la fille mais un personnage de contrebandier complexe et tourmenté, dont la rencontre avec un innocent gamin lui permettra d’atteindre une rédemption salvatrice. Habitué des films d’action de l’époque (Scaramouche, Le prisonnier de Zenda), Stewart Granger s’avère très bon dans l’un de ses derniers rôles avec celui de La dernière chasse (1956) de Richard Brooks, tandis que le toujours délectable George Sanders joue les coquins de service avec son jeu fin et posé. Tous les deux se font pourtant voler la vedette par celui qui apparaît comme le véritable héros du film, l’adorable Jon Whiteley (Rapt) dans la peau de l’enfant dont la pureté naïve tranche au milieu du ramassis de canailles qui peuplent ce chef-d'œuvre incontesté au pouvoir d’évocation tenace. (2001) ⍖⍖⍖⍖
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