Ecrit par Robert Hamer (Noblesse oblige) et produit par Michael Balcon, A Jolly Bad Fellow nourrissait l’ambition, louable, de renouer avec l’esprit des productions Ealing des années 40 et 50, véritable âge d’or de la comédie (mais pas que) anglaise. Il y a donc un peu du quintessentiel Kind Hearts And Coronets dans cette histoire de professeur d’université (Leo McKern) qui, pour accélérer sa carrière, décide de se débarrasser de ses collègues en les empoisonnant. Las, malgré un grand scénariste, un réalisateur chevronné et une galerie de délicieux comédiens du cru (Dennis Price, Miles Malleson...), le film échoue à capter ce qui faisait l’âme et le charme de ses glorieux modèles. Noblesse oblige et Tueurs de dames, qui sont ses références assumées, bénéficiaient pour le premier de la performance d’Alec Guinness qui jouait avec brio toutes les victimes, pour le second d’une forte identité visuelle établie par des décors, une photographie et une atmosphère très recherchés, autant de qualités dont A Jolly Bad Fellow ne peut se prévaloir. Qui plus est, dans The Ladykillers, Guinness (encore lui) incarnait certes « le méchant » mais il était drôle et presque sympathique dans son malheur. Tout le contraire du personnage auquel Leo McKern, excellent acteur par ailleurs, prête idéalement son physique malgracieux, aussi peu amusant que méprisable.
En outre, bien que Robert Hamer l’ait signé, le scénario a tout du fond de tiroir. L’histoire peine à démarrer, parasitée au surplus par la relation adultère que le professeur entretient avec son assistante (Janet Munro, mutine et sensuelle) et à laquelle on ne croit guère. Technicien habile spécialisé dans l’aventure mâtinée de fantastique (le fameux Jason et les Argonautes) ou pas (La reine des Vikings, Un million d’années avant J.-C), pour le grand et le petit écran (Chapeau melon et bottes de cuir), Don Chaffey était-il un choix vraiment judicieux pour réaliser une comédie noire ? Il est permis d’en douter. A sa décharge, très abîmée, la seule copie disponible du film ne permet sans doute pas de juger pleinement son travail. S’il se regarde sans déplaisir, grâce à son interprétation essentiellement, A Jolly Bad Fellow fonctionne mal, le ton hésitant, l’ambiance bizarre. Les productions Ealing s’inscrivaient dans une période particulière, empreinte d’une certaine naïveté, déjà révolue au milieu des années 60 qui amorcent un profond changement tant social que culturel, et chercher à s’en inspirer n’était tout simplement pas une si bonne idée que cela. Contemporain des premières comédies de Richard Lester notamment (Quatre garçons dans le vent, Le knack), le film souffre finalement de ne pas trouver sa place, proche de ses aînés mais sans la malice satirique, macabre mais sans l’humour absurde de son temps. Il ne rencontrera d’ailleurs aucun succès. (14.08.2025) ⍖⍖
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