En 1977, Patrick Cauvin connaît un immense succès avec son roman "E=mc2 mon amour" qui raconte la première histoire d’amour de deux jeunes surdoués, l’un français de milieu prolétaire, l’autre issue de la bonne société américaine, et tous deux passionnés par la physique et le cinéma. S’il peut être étonnant que le réalisateur auquel on doit Butch Cassidy et le Kid, L’anarque et surtout Abattoir 5 s’y soit intéressé, George Roy Hill en tire pourtant une adaptation tendre et charmante. Le récit se déroulant en partie à Paris, il a déjà eu la bonne idée de faire appel à une épique française dont, outre des seconds rôles du cru (Claude Brosset, Jacques Maury…), le compositeur Georges Delerue, auteur d’une B.O aux accents mélancoliques, et le directeur de la photographie Pierre-William Glenn, grâce auquel le film évite, parfois de peu certes, les stéréotypes habituels à l’égard de la ville lumière et des Français en général dont sont friands les cinéastes américains. En revanche, la différence de classes sociales, que l’adaptation privilégie d’ailleurs au détriment de la difficulté des surdoués à s’intégrer à la société, est brossé sans finesse, le monde bourgeois de Lauren (et du cinéma) réduit à des êtres superficiels (à l’exception de son père et de Broaderick Crawford dans son propre rôle), le milieu ouvrier de Daniel, pas moins caricatural, à un mélange de vulgarité et de brutalité qui sent la vinasse.
George Roy Hill se révèle plus inspiré lorsqu’il saisit avec tact et pudeur la magie indéfinissable des premiers émois amoureux, qui lui dicte notamment la très jolie scène du baiser arraché sur le quai du métro et l’euphorie unique qu’il déclenche chez le garçon. Il y est aidé, il est vrai, par deux jeunes comédiens formidables. Diane Lane, pour ses débuts à l’écran, est radieuse, et Thelonious Bernard, un novice, s’il n’est pas doté d’un grand talent (il ne tournera que deux films avant de quitter le cinéma), fait cependant montre d’une énergie exaltée. Et bien sûr, à leurs côtés, il y a l’immense Laurence Olivier, idéal en vieux mentor mythomane et encombrant à l’intarissable logorrhée. Au terme d’une course-poursuite en Italie qui conduit en un périple quasi désespéré les amoureux à Venise pour s’embrasser sur une gondole glissant sous le pont des soupirs au moment où le soleil se couche, le film s’achève sur une fin ouverte : leur histoire d’amour survivera-t-elle à la distance qui les séparera désormais ou bien ne s’agissait-il finalement que d’une « petite romance » selon le titre original, une de ces amourettes estivales comme tous les adolescents en vivent ? Sans doute un peu trop léger, I Love You, je t’aime est certes une bluette mais une bluette XXL. (16.08.2025) ⍖⍖
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