Charles Barton - Deux Nigauds contre Frankenstein (1948)


Deux Nigauds contre Frankenstein peut être considéré comme le meilleur film (ou le moins mauvais) du tandem comique (?) Abbott et Costello. Au vrai, fidèles à eux-mêmes, le premier peu sympathique, le second poussif, ils ne sont pas pour grand-chose dans la réussite, modeste, de cette parodie horrifique d’un autre âge qui tire de l’univers auquel elle se greffe son charme et son intérêt. Comme son titre l’indique, cette comédie complète – et achève – la série des Frankenstein de la Universal dont elle confirme autant le déclin artistique que l’abâtardissement (ceci expliquant sans doute cela). Au milieu des années 40, il ne reste presque plus rien du Frankenstein originel de James Whale. Après La fiancée de Frankenstein et Le fils de Frankenstein, tous deux excellents, le filon s’épuise en croisant les monstres qui ont fait la renommée d’un studio alors en perte d’inspiration. La créature du sinistre baron se frotte d’abord au loup-garou avant que Dracula ne les rejoigne dans La maison de Frankenstein, poussant par là même la saga sur la pente glissante de la parodie. La jonction avec Abbott et Costello, également en perte de vitesse, ne pouvait être que l’étape ultime de cette évolution. Dont acte. 


Deux Nigauds contre Frankenstein réunit ainsi tout ce petit monde et les acteurs qui vont avec. Bela Lugosi endosse à nouveau la cape du vampire mais ne semble pas très concerné et Lon Chaney Jr. se couvre de poils après minuit. Remplacé par le médiocre Glenn Strange, il ne manque que Boris Karloff qui cependant cachetonnera auprès du duo dans Deux Nigauds chez les tueurs (1949) puis Deux Nigauds contre le Dr Jekyll et Mr Hyde (1953). Introduit par un générique animé presque trop réussi, le film bénéficie d’une production de qualité qui installe son récit dans les décors soignés d’un château brumeux qu’enténèbre un noir et blanc tout en contraste macabre dans le plus pur style Universal. S’ils trahissent un budget économique (les chauves-souris qui pendent par un fil), certains trucages ne sont pas sans poésie comme lorsque Dracula se transforme. Technicien docile dépourvu de personnalité, Charles Barton imprime néanmoins un rythme trépidant à un ensemble qui s’emballe à mi-parcours (mais c’est un peu tard) et tutoie une certaine folie qui culmine lors de l’apparition (?) finale de l’homme invisible auquel Vincent Price prête sa voix reconnaissable entre toutes. Le succès du film, qui relancera leur carrière, donnera des idées au studio qui imaginera Abbott et Costello se frotter à d’autres figures de  son bestiaire telles que l’homme invisible justement ou la Momie…  (19.08.2025) ⍖⍖



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