Assassiné par la critique lors de son exploitation aux Etats-Unis, Moi, une femme n’en demeure pas moins à bien des égards une œuvre importante. Il marque déjà les débuts comme réalisateur de Mac Ahlberg, maître de l’érotisme – voire plus - européen des années 70, auquel on doit des classiques du genre tels que Nana (1970) ou Flossie (1974). Plus important, il est surtout un des premiers softcores franchement féministes, s’inscrivant dans le contexte de libération sexuelle de la seconde moitié des années 60 en général et en Suède au cas particulier dont il annonce le controversé Je suis curieuse (1967) de Vilgot Sjôman. Enfin par sa photographie en noir et blanc extrêmement travaillée, il démontre que le cinéma érotique peut être artistique. Pour ces deux dernières raisons, I, A Woman n’est pas si éloigné que cela des travaux contemporains de Joseph W. Sarno et particulièrement de All The Sins Of Sodom (1968), autre explorateur délicat du plaisir féminin sur pellicule. Coproduction dano-suédoise, Jag – en Kvinde est distribué au Etats-Unis par Radley Metzger qui en modifie légèrement la trame en supprimant les flashbacks qui le poinçonnaient. En marge du circuit d’exploitation traditionnel, il rencontre cependant un grand succès, particulièrement auprès des femmes dont beaucoup s’identifient au personnage de Siv Esruth, infirmière qui s’affranchit d’une éducation rigide dans une société toujours corsetée par un puritanisme étouffant.
Ivre d’une liberté sexuelle enfin acquise, elle abandonne son fiancé qui ne la satisfait plus, et papillonne en multipliant les relations comme autant d’expériences. Adaptant le roman éponyme et autobiographique de Agnethe Thomsen, Mac Ahlberg prend soin ni de la juger ni d’en faire une espèce de nymphomane. Siv est une femme comme tant d’autres, avec ses désirs, ses envies. C’est moins une soif de sexe effréné et égoïste qui la guide qu’un besoin de liberté jusque là réprimé qu’elle croque à pleines dents. La mise en scène au noir et blanc contrasté qui modèle les corps vibrant de désir fournit l’écrin sensuel d’une Essy Persson au charme fou. Sans être corsées, les scènes érotiques sont admirablement croquées, toujours appréhendées sous l’angle féminin, comme lorsqu’on voit Siv explorer ses formes et son intimité à travers un miroir ou plus tard lorsqu’elle s’offre pour la première fois à un autre homme que son petit ami. Ahlberg y juxtapose l’acte sexuel, au plus près du visage de la jeune femme et de ses mains s’agrippant à la barre du lit, à des chants religieux dans un temple. Visuellement très recherchées, ces séquences signent un véritable auteur et placent Moi, une femme largement au-dessus d’une production érotique alors souvent morne et maladroite. Bien sûr, le film a vieilli mais ses qualités formelles et son touchant portrait de femme lui assurent un intérêt cinématographique certain. (17.08.2025) ⍖⍖
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