Robert Altman - M.A.S.H. (1970)


Scénariste de séries B (le Bodyguard de Richard Fleischer) puis réalisateur de documentaires et d’une poignée de films au succès plutôt confidentiel (dont Countdown avec James Caan), Robert Altman est révélé par M.A.S.H.. Comme souvent à Hollywood, le film ne lui est au départ pourtant pas destiné. Mais, refusé aussi bien par Stanley Kubrick, Arthur Penn ou Franklin J. Schaffner (entre beaucoup d’autres noms prestigieux), il s’empare de ce scénario dont on voit mal finalement qui d’autres à l’époque aurait pu le réaliser, à l’exception peut-être de Richard Lester qui avait signé trois ans plus tôt l’antimilitariste Comment j’ai gagné la guerre. L’histoire se déroule pendant la guerre de Corée mais, tourné en 1969, c’est évidemment à un autre conflit, le Viêt-Nam, auquel on pense. Au vrai, c’est la guerre tout court que M.A.S.H.. brocarde avec une verve aussi débraillée qu’insolente. On y suit les aventures de trois zozos, aussi bons chirurgiens qu’ils se montrent réticents à toute forme de discipline et d’autorité, ce qui dans l’armée, est problématique, convenons-en. En fait, entre deux opérations, ils ne pensent qu’à picoler et à draguer les infirmières. Ce qui n’est pas au goût d’un major puritain et très con, manière pour Altman de se moquer de la religion, parfois non sans subtilité, témoin ce repas mimant la Cène. 


Mais derrière l’humour potache qui préfigure même les parodies des frères Zucker (le micro qui crache des annonces débiles), le film révèle la guerre dans toute son horreur et son absurdité lors des scènes poissées de sang au bloc opératoire où les corps sont joyeusement réparés, charcutés… Style bordélique, ton irrévérencieux, M.A.S.H. s’inscrit dans une époque bien précise, peu patriotique, entre contestation et révolution sexuelle. C’est l’anti Bérets verts de John Wayne que le festival de Cannes ne pouvait manquer de couronner d’une palme d’or. Complices, les acteurs alors tous peu connus, sont formidables, l’infernal trio Donald Sutherland / Elliott Gould / Tom Skerritt en tête, sans oublier Sally Kellerman en légendaire Lèvres en feu, lesquels sont pour beaucoup dans cette vigoureuse drôlerie. S’il conserve encore toute sa force, cette farce n’est pas exempte de reproches, moins pour son sexisme et son homophobie supposés qui feront grincer les dents de certains censeurs et biens pensants d’aujourd’hui, que pour ses longueurs (la partie de foot, interminable, bien qu’elle raille les officiers dans leur suffisance ridicule) et un scénario qui se résume finalement à une succession décousue de saynètes que jalonnent des gags récurrents. Un film culte néanmoins, vigoureusement iconoclaste, qui lancera la carrière d’un metteur en scène parmi les plus importants de sa génération. (14.09.2025) ⍖⍖

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