L’étiquette « Niklas Kvarforth Presents Hjarnidaudi » accolée à cette seconde mouture de Pain:Noise:March de Hjarninaudi est à la fois trompeuse et pertinente. Trompeuse (et intéressée de la part d’Avantgarde qui le réédite ?) car elle réduit forcément ce projet à l’âme tourmentée qui se cache derrière Shining. Or il n’en est rien. Pertinente car elle définit parfaitement le contenu de cet album. Explication. Hjarnidaudi n’est pas le nouveau joujou de Niklas Kvarforth mais le laboratoire d’un seul taciturne, le Norvégien Vidar Ermesjo. En 2006, il enfante un premier essai instrumental, Pain : Noise : March, chef-d’œuvre absolu de funeral black doom metal, un trou noir sans fin capable de renvoyer dans le bac à sable de la maternelle la plupart des suicidaires mettant en musique leurs pensées dépressives. Après une seconde descente spéléologique dans les profondeurs de la terre (Psyho : Stare : Void), il croise le chemin de Kvarforth. Celui-ci, grand admirateur de son travail avec lequel il se sent connecté, suggère d’intégrer des lignes vocales à son essai séminal. Comme on pouvait s’y attendre, le résultat est tout bonnement monumental. Et surtout absolument effrayant. Cette œuvre à quatre mains tourmentée et torturée porte désormais clairement dans sa chair, tels des stigmates, l’empreinte de Kvarforth au point de quasiment déposséder son auteur originel de sa création quand bien même elle sort en fait enrichie, grandie, de l’expérience.
Car si Pain:Noise:March conserve en l’état sa beauté noire et vertigineuse, le Suédois réussit la gageure de propulser grâce à son chant tour à tour complétement psychotique ou presque shamanique, cette symphonie industrielle en trois actes dans les méandres de l’indicible et ce faisant parvient à la rendre plus cauchemardesque et malsaine encore. Cette œuvre se divise donc en trois pans. Le premier, baptisé « Pain », bien entendu, est une interminable complainte de presque 19 minutes, marche funèbre suffocante et viciée dans des paysages gangrené par une décrépitude urbaine terminale. Plus court mais miné par une lenteur insupportable et pollué par les interventions aux confins de la folie de Niklas, « Noise » ouvre les vannes d’une noirceur abyssale tandis que « March », qui voisine le quart d’heure, progresse tout doucement vers les limbes, au rythme d’une guitare grésillante dont les vibrations résonnent comme un appel de la mort, comme les derniers battements du cœur avant que celui-ci ne stoppe sa course en avant, cependant que le chant semble scander quelques incantations ritualistes. Hypnotique, répétitif à l’extrême mais pourvue d’un pouvoir d’envoûtement immense qui confine à la transe, cette plainte semble s’étirer à l’infini et ne jamais vouloir prendre fin. A la croisée des chemins du funeral doom, du black suicidaire et du drone, Hjarnidaudi vient très certainement de (re)graver une des pierres angulaires de cette musique masochiste qui se vit, se ressent, prend aux trippes, plus qu’elle ne s’écoute. Grâce à Niklas Kvarforth dont l’aura ne cesse de croître depuis sa « résurrection », nombreux vont pouvoir la découvrir. On ne le remerciera jamais assez pour cela… (22.12.2008)
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