Jean Negulesco - Un certain sourire (1958)


Dans la foulée de Bonjour tristesse d’Otto Preminger qui connaît un grand succès, la Fox s’empresse d’adapter le deuxième roman de Françoise Sagan. Pour tout dire, Jean Negulesco aux commandes, c’est avec un enthousiasme très relatif qu’on déflore Un certain sourire. Negulesco + Sagan, voilà en effet une association qui fait peur ! Non pas que le premier soit mauvais réalisateur, ses polars et films noirs (Le masque de Dimitrios, La femme aux cigarettes) demeurent même des classiques du genre, mais la comédie et la romance, à l’exception de Comment épouser un millionnaire, ne l’ont au contraire pas tellement inspiré, témoin par exemple J’ai épousé un Français qu’il tournera juste après. Or les deux films présentent de nombreuses similitudes : une grande comédienne d’âge mûr quoique toujours séduisante (Deborah Kerr ou ici Joan Fontaine), Rossano Brazzi en french lover (alors qu’il est italien !) et un Paris de carte postale comme cadre romantique. Rien de très rassurant donc. Contre toute attente, A Certain Smile dégage toutefois nettement plus de charme que Count Your Blessings


Une mise en scène élégante et des intérieurs soignés fournissent l’écrin délicat à l’éveil amoureux d’une jeune fille incarnée avec une sensibilité pétillante par Christine Carrère, laquelle était alors promise à un bel avenir. Elle préféra se consacrer à sa vie de famille avec le comédien Philippe Nicaud, ce qui est tout à son honneur. Il évident que sans elle et nonobstant le reste de la distribution (Bradford Dillman débutant, Brazzi plus convaincant que prévu, Joan Fontaine en retrait), le film n’aurait ni la même grâce naturelle ni la même saveur espiègle. Mais en vidant cette histoire de la sève amorale chère à Sagan, afin de ne pas trop choquer le public américain, l’œuvre se réduit finalement à une banale et parfois ennuyeuse bluette où la bonne morale est préservée. Alors que dans le roman, elle continue d’entretenir à la fin une double relation amoureuse avec Bertrand et son oncle, dans le film, Dominique comprend que son bonheur est au côté de son petit ami qui lui pardonne son infidélité. Malgré la chanson éponyme qui rencontra à l’époque un grand succès, l’histoire n’a finalement retenu que Bonjour tristesse, condamnant Un certain sourire à l’oubli... (05.10.2025) ⍖⍖


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