Bien qu’il réunisse Gary Cooper et Charlton Heston, Cargaison dangereuse demeure étonnamment méconnu, considéré par beaucoup comme une simple série B. Il est certain que si Alfred Hitchcock en avait tenu la barre comme cela était prévu (il préféra finalement se consacrer à La mort aux trousses), le film aurait été d’une envergure tout autre, il n’en livre pas point un spectacle captivant, qui démarre comme un film catastrophe, se poursuit en film de procès et s’achève en suspense maritime. La plus réussie est sans aucun doute la première partie, sur le Mary Deare, épave abandonnée qui dérive à travers les flots déchaînés. Les entrailles telluriques du bateau, son pont rouillé, ses coursives étroites avalées par les ténèbres créent une atmosphère menaçante, presque horrifique, à laquelle participe l’éclairage de Joseph Ruttenberg dont le travail est remarquable. Elle est aussi la plus réussie parce qu’elle est celle où Charlton Heston occupe une place importante. En un huis clos étouffant, il y est seul face à un Gary Cooper hirsute et ravagé, capitaine au long cours détenteur d’un lourd secret. Mais contrairement à ce que son affiche annonce, les illustrant en train de se battre, argument commercial ô combien efficace s’il en est, le film n’oppose pas les deux acteurs dont les personnages, après quelques tensions, s’associent pour faire triompher la vérité.
D’abord à moitié fou, mal rasé, la figure salie par le charbon, un pull élimé sur le dos, c’est en retrouvant une allure propre et digne que Gary Cooper endosse ensuite l’uniforme du héros, effaçant alors quelque peu son partenaire réduit au rang de second. Il est dans son rôle d’homme accablé, (presque) seul contre tous, qu’il connaît bien et dont le cancer qui le ronge (il décédera en 1961), souligne plus encore la fatigue de ce capitaine qui se bat pour son honneur. Alors en attente du triomphe de Ben-Hur tourné juste avant et bien qu’en retrait, Charlton Heston le soutient néanmoins efficacement. Quel plaisir de les voir réunis. Bien qu’américain, Cargaison dangereuse aligne une distribution sinon essentiellement issue du vivier britannique, de Michael Redgrave à Alexander Knox, de Cecil Parker à John Le Mesurier, sans oublier Richard Harris dans la peau du vilain, écrit à la serpe toutefois. Les femmes sont par contre absentes, uniquement représentées par Virginia McKenna, d’un récit qu’aucune romance ne vient ralentir. Technicien solide bien que sans grande personnalité, Michael Anderson emballe le tout avec professionnalisme, faisant montre encore une fois d’une habileté certaine dans l’action et le spectaculaire. En revanche, la partie consacrée au procès se révèle plus conventionnelle. Tenant tout du long en haleine, The Wreck Of The Mary Deare s’impose comme un ses films les plus accomplis avec Les briseurs de barrages (1955), L’homme à démasquer (1958) et La lame nue (1961) qui le verra diriger à nouveau Gary Cooper pour sa dernière apparition à l’écran. (08.10.2025) ⍖⍖⍖
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