Michael Anderson - L'homme à démasquer (1958)


Si nombre de films méconnus méritent de le rester, d’autres en revanche ont sombré dans un oubli qui parait franchement incompréhensible. Tel est le cas de L’homme à démasquer, dont l’honnêteté oblige votre serviteur à reconnaître qu’il n’en avait jamais entendu parler, thriller malin et diabolique qui n’a pas pourtant rien à envier aux meilleurs Hitchcock. L’intrigue se déroule presque intégralement à Barcelone dans une villa au bord de la mer où s’est installée une héritière, Kimberley Prescott, après le décès de son père, un riche diamantaire. Un soir, un homme s’invite dans la demeure, qui prétend être son frère Ward, tué dans un accident de voiture un an plus tôt. Peu à peu, la jeune femme se retrouve prisonnière de cet intrus dont elle est persuadée qu’il n’est pas son frère alors que tout dans sa personnalité et son comportement semble confirmer l’identité. La première originalité du film est d’indiquer d’emblée que l’usurpateur en est bel et bien un. Mais qui est-il ? Quelles sont ses motivations ? La fortune de Kimberley ? Et comment se fait-il qu’il sache autant de chose sur la vie de la famille Prescott et de Ward en particulier ? Habile, le scénario réussit même à nous faire douter un temps et à croire que Kim est en réalité folle. Plus enthousiasmant que de coutume, Richard Todd n’est d’ailleurs pas étranger à ce trouble, livrant une prestation tout en séduction menaçante. Gravitant autour d’eux, Herbert Lom se montre également ambigu dans le rôle du policier dont on se demande s’il n’est pas dans le coup lui-même. 


Désemparée, vulnérable et néanmoins tenace, Anne Baxter est attachante dans la peau de cette jeune femme victime d’un évident complot auquel son propre oncle participe, proie facile de personnages inquiétants qui se referment sur elle pour mettre la main sur des diamants qui ont disparu. Du moins le croit-on jusqu’au surprenant rebondissement final… que nous ne révélerons pas. Chase A Crooked Shadow pourrait être l’adaptation d’une pièce de théâtre, ce qu’il n’est pourtant pas, (quasi) huis clos angoissant circonscrit dans cette villa dont le cadre ensoleillé rompt avec les conventions du genre et que le remarquable écrin en noir et blanc du directeur de la photographie allemand Erwin Hiller (M le maudit) plonge dans la pénombre idoine et particulièrement cet escalier que l’héroïne descend à de nombreuses reprises et dont la rampe se dessine sur le mur comme les barreaux d’une prison. A cet éclairage extrêmement travaillé répond la mise en scène virtuose de Michael Anderson, qui soigne transition, profondeur de champ, mouvements d’appareil, usant aussi de la caméra subjective, afin de matérialiser le danger qui rôde autour d’Anne Baxter. Suspense qui tient en halène dès les premières images, L’homme à démasquer est une œuvre méconnue qui se doit d’être réévaluée à sa juste valeur, thriller brillant qui compte parmi les films les plus aboutis du réalisateur aux côtés des Briseurs de barrages ou de Cargaison dangereuse. (24.09.2025) ⍖⍖⍖


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