Philippe Agostini - Le naïf aux quarante enfants (1957)


Le naïf aux quarante enfants mérite mieux que ses airs tenaces de nanar poussiéreux. Le film adapte le roman éponyme de Paul Guth, troisième d’une série à succès mais désormais oubliée, basée sur les souvenirs de leur auteur. Le « naïf » du titre est un jeune agrégé de lettres qui prend son premier poste comme professeur dans un lycée. Exalté et audacieux, il est encore plein d’idéaux quant à sa vision du métier mais il ne connaît pas grand-chose à la vie sinon ce qu’il a pu lire dans les livres. Contre toute attente, son inexpérience que compense néanmoins une approche moderne de l’enseignement, ne bute pas contre des élèves (les quarante enfants), moins turbulents que prévu, mais contre une hiérarchie et des parents d’élèves à travers leur représentant (Jean Poiret, savoureux de fourberie mielleuse) qui goûtent peu aux nouvelles pédagogies. François Villon et Molière passent encore (quoique) mais lorsque Roubignac choisit de faire étudier à sa classe de troisième "Phèdre" de Racine et son héroïne adultère brûlante de passion, c’en est trop ! Il est d’ailleurs amusant de constater combien cette pièce du XVIIème siècle était encore jugée scandaleuse dans les années 50. 


Cependant, le film reste très moderne tant les choses ont finalement peu changé. Certes l’école d’aujourd’hui n’est plus celle qu’elle était dans la France de la IVème République mais proviseur et parents soupçonneux n’ont pas disparu. Dans son premier rôle important, Michel Serrault montre déjà l’étendu de son talent. Il offre une interprétation sensible et touchante de cet homme plus naïf dans les choses de l’amour que face à des adolescents, amoureux d’une femme trop belle pour lui (Sylva Koscina, adorable). On se demande en revanche ce que vient faire là Darry Cowl en marchand d’échelles dont la prestation bafouilleuse tombe comme un cheveu sur la soupe. Sorte de Cercle des poètes disparus à la française et avant l’heure, Le naïf aux quarante enfants se doit d’être redécouvert et réévalué, œuvre charmante moins naïve et désuète qu’elle n’en a l’air. (22.09.2025) ⍖⍖


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