A l’exception de quelques méfaits de José Mojica Marins, d’une poignée de pornochanchadas ou de comédies chauffées par Sonia Braga, on connaît mal le cinéma brésilien, de genres ou pas. Même un réalisateur acclamé tel que Walter Hugo Khouri dont Les jeux de la nuit (1964) et Le palais des anges (1970) ont pourtant été projetés au festival de Cannes, ne bénéficie pas en Europe d’une exposition comparable à celle de cinéastes d’égale importance venus d’autres contrées lointaines. Riche d’une vingtaine de films entre 1953 et 2001, son œuvre reste en grande partie invisible. Objet de cette chronique, O Anjo Da Noite n’est par exemple disponible que dans une copie très abîmée, qui plus est en noir et blanc alors qu’il a été tourné en couleurs, comme l’indiquent les photos promotionnelles. Ce qui toutefois n’entame pas sa valeur, certaine, et participe même du climat étrange qu’il infuse. Une étudiante, Ana (Selma Egrei), est recrutée comme baby-sitter par un couple fortuné résidant avec leur deux enfants et leurs domestiques noirs dans une immense propriété isolée dans les montagnes près de Petrópolis. Tout ce passe bien jusqu’au jour où la jeune fille commence à recevoir des appels téléphoniques menaçant de la tuer…
De prime abord, le film se présente donc comme un récit fantastique, basé sur le thème de la possession mais Walter Hugo Khouri n’est pas José Mojica Marins. Le surnaturel, la terreur, l’intéressent finalement moins que la question raciale et sociale qui travaille et fonde le Brésil. Que l’ancienne cité impériale fournisse le décor à O Anjo Da Noite n’est en ce sens pas anodin, tout comme le fait, pour Rodrigo et Raquel, de réclamer une baby-sitter « jolie à regarder » (comprendre, une blanche). C’est toute une hiérarchie tant sociale que spatiale, bâtie sur les différences de classes et de races, que l’opulente demeure reproduit comme une miniature de la société brésilienne. Si la nature de la force mystérieuse qui pousse Augusto le serviteur noir à exécuter la jeune fille et les enfants n’est pas précisément définie, elle résonne néanmoins de manière évidente comme la révolte vengeresse des esclaves afro-brésiliens contre la bourgeoisie blanche qui maintient les minorités dans la servitude. La musique aux pulsations bizarres, le rythme lent, le cadre verdoyant et paisible au milieu duquel s’étire la demeure chargée d’objets inquiétants et filmée en longue focale… tout concourt à créer une atmosphère irréelle, presque fantomatique, qui envoûtera autant qu’elle ennuiera sans doute ceux qui pensaient, à tort, épancher leur soif de frissons dans ce film fantastique qui n’en est pas vraiment un.(30.09.2025) ⍖⍖
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