Günther Rittau - U-Boote Westwärts ! (1941)


Aborder un film de propagande usiné sous le IIIème Reich est toujours délicat. Certes, tous les belligérants de la Seconde Guerre mondiale ont mis à contribution leur cinéma, qu’il s’agisse des Etats-Unis, du Royaume-Uni ou de la Russie mais les productions de l’UFA exhalent évidemment un parfum de soufre. Pourtant, une œuvre telle que U-Boats Westward !  n’est pas tellement différente de Plongée à l’aube réalisé deux ans plus tard Anthony Asquith par exemple, à ceci près que les rôles sont bien sûr inversés, les sous-mariniers Allemands étant les bons, les Anglais, les méchants, brossés de manière très négative dans leur lâche duplicité. C’est de bonne guerre. Plus patriotique qu’idéologique, U-Boote westwärts ! n’est donc pas Le Juif Süss (1940). Les références au nazisme se limitent à quelques saluts mécaniques, croix gammées sur un drapeau et chant nationaliste. De fait, les hommes qu’il dépeint pourraient tout aussi bien être Américains ou Français, engagés dans un conflit qu’ils servent sans fanatisme particulier. Au terme d’une mission épuisante, ils retrouvent leurs familles, leurs fiancées, leurs amis, comme n’importe quel soldat. Leur courage, leur bravoure n’en sont pas moins loués, leur mort glorifiée, par un film dont l’unique but est de célébrer la Kriegsmarine, ses effectifs mais aussi sa flotte. 


Monstre d’acier emblématique de la marine de guerre allemande, le U-123 y a lui-même quelque chose de mythologique lorsqu’il fend la mer alors que le soleil transperce les cieux. Chef opérateur de Fritz Lang (sur Les Nibelungen et Metropolis notamment) passé à la mise en scène en 1939, Günther Rittau a pu embarquer sa caméra à bord d’un véritable Unterseeboot, ce qui nous vaut des images impressionnantes et inédites pour l’époque de la machine, lorsqu’elle plonge ou émerge, ainsi que de ses entrailles dans lesquelles l’équipage se sert, préfigurant quarante ans avant Le bateau de Wolfgang Petersen. Malgré ses qualités techniques, U-Boats Westward ! manque néanmoins d’intensité, ennuyeux dans sa première partie et ne s’éveillant réellement que lors des combats navals. De sorte qu’il revêt avant tout un intérêt historique et documentaire plus que cinématographique. La confidentialité dans laquelle il est enfermé n’en est pas moins regrettable, le privant d’une restauration qu’il mériterait assurément. (10.11.2025) ⍖⍖


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