Je ne comprends pas. Non, vraiment, je ne comprends pas pourquoi un groupe tel que Kawir ne jouit pas d’une reconnaissance à la hauteur de son talent ! Malgré déjà plus de quinze ans d’existence et un acte de naissance glorieux incarné par le fameux split avec Sigh en 1994, ces amateurs de moussaka restent toujours prisonniers du bourbier de la série B. Moins culte que Nocternity, moins symphonique que Septic Flesh, moins brut que Rotting Christ, Kawir fait surtout du Kawir, soit un black metal à la méditerranéenne, atmosphérique et épique, forgé sur des nappes de claviers omniprésentes et puisant son inspiration dans la mythologie et le passé helléniques (« Ares », « Hephaistos »…). Peut-être que sa nouvelle offrande, Ophiolatreia, publiée qui plus est par le jeune label hexagonal Those Opposed Records, permettra à ceux (la majorité) qui ne la connaissent pas de découvrir cette horde encore bien trop méconnue. Le concert – le premier en France ! – que les Grecques ont offert lors du Cernunnos Pagan fest III en décembre 2008 lui aura aussi certainement permis de gagner quelques fans. Car voilà une très bonne galette dans le genre. Enrobés de touches pagan du plus bel effet, ces neuf titres montrent un groupe qui jamais n’a renier ses origines ni retourner sa toge (contrairement à beaucoup d’autres !). Therthonax, son principal compositeur, demeure fidèle à un style qui reste donc inchangé, un style à la fois extrêmement mélodique et majestueux qui a l’intelligence de miser davantage sur les ambiances, peintes par les claviers et des guitares abrasives, plutôt que sur l’agression pure et simple.
Bref, raffiné, l’art de Kawir, c’est plus Athènes que Sparte. Pour autant, cela ne veut pas dire que Ophiolatreia soit mou de la bite, il suffit d’écouter le véhément « Nemesis » ou l’introductif et superbe « Moirae » pour se rendre compte du contraire. Il est vrai néanmoins que les tempos lancinants, les riffs obsédants qui fonctionnent comme une vigie, conviennent mieux aux Grecques. « Ares (The God Of War »), « Rhea (Meter Theon )», que rehaussent des chœurs valeureux, et surtout le grandiose « Poseidon », peut-être une des plus belles pièces qu’ils ont jamais composée, témoignent de ce sens des atmosphères, tour à tour envoûtantes (l’instrumental final « Aeiozoon Pyr ») ou plus épiques. Et bien que souvent relativement longues, ces épopées ne voient jamais leurs géniteurs se prendre les pieds dans les sandales du ridicule ou du kitsch, ce qui est toujours le risque quand les synthés dans le black metal ressemblent plus à du Jean-Michel Jarre qu’à du Klaus Schulze. Kawir vient donc d’accoucher d’une nouvelle œuvre, la première depuis longtemps, tout à fait honorable et que je ne saurais trop conseiller à tous les amateurs d’un noble metal noir, rageur sans être bordélique, carré et propre sans être fade et trop lisse. A (re)découvrir d’urgence ! (13.01.09) ⍖⍖
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