Format un peu mal aimé et tombé en désuétude, le film à sketches est souvent associé au cinéma italien mais les Japonais en étaient également friands. Testaments de femmes (titre français curieux par ailleurs) en reste un des spécimens les plus achevés, anthologie de trois histoires de femmes manipulatrices, chacune à sa façon. Si ce type de films souffre généralement d’un manque d’unité, cette adaptation d’un recueil de nouvelles de Shôfû Muramatsu échappe justement à cet écueil, composant au contraire un ensemble cohérent dans des styles certes différents mais complémentaires. Son thème imposait une interprétation féminine de premier choix. Dont acte. Dirigée par son réalisateur fétiche Yasuzō Masumura, Ayako Wakao est l’héroïne du premier segment qui est aussi le plus moderne et jubilatoire du lot. Le charme fou, couplé à un fort tempérament, elle est évidemment formidable dans la peau de cette jeune femme menteuse et vénale, un brin coquine, qui, employée dans un nightclub, excite les hommes sans jamais avoir à (se) coucher. Farouchement désireuse de s’extraire d’une condition sociale laborieuse, elle mène ses petites affaires en entrepreneuse maline tout en cherchant à se faire épouser par le fils d’un riche industriel pour assurer ses vieux jours. Sauf que lui, croit pouvoir la mettre dans son lit en l’appâtant avec sa fortune. Si tous les deux seront pris à leur propre piège, elle en sortira la tête haute, sans se départir de son toupet, quitte à laisser filer l’amour.
Changement d’ambiance avec le deuxième récit que porte une insaisissable Fujiko Yamamoto. Employée par une agence immobilière, elle joue la fausse veuve chargée de séduire un jeune écrivain un peu exalté pour l’inciter à acheter une maison miteuse dont elle lui fait croire qu’elle sera bientôt expulsée. C’est sans compter toutefois sur l’amour qui la rattrapera sans qu’elle s’y attende... Kon Ichikawa opte pour l’épure d’un presque huis clos dont les teintes tout d’abord étonnamment romantiques voire fantomatiques se diluent dans un sinistre terre-à-terre bien peu poétique. Kōzaburō Yoshimura signe un troisième volet plus classique. Il est aussi le plus long et le moins attachant. Peut-être parce que le personnage principal ne l’est pas tellement non plus, tenancière d’une maison de Geishas uniquement centrée sur elle-même et à laquelle Machiko Kyô prête ses traits un peu ingrats. Là encore, l’amour lui fera prendre conscience de son égoïsme en une tardive rédemption. Baignant dans un Tokyo maussade, A Woman’s Testament pose sans jamais les juger un regard tendre et bienveillant sur ces trois femmes dont les défauts sont en fait l’expression de fêlures profondes, interrogeant en creux la condition féminine dans une société japonaise encore très patriarcale. (12.11.2025) ⍖⍖
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