Vacances est le troisième des quatre films réunissant Cary Grant et Katharine Hepburn mais, coincé entre L’impossible monsieur Bébé (1938) de Howard Hawks et Indiscrétions (1940) du même George Cukor, il est considéré comme une comédie un peu mineure. A tort évidemment. Ainsi sous couvert d’une comédie romantique au thème éculé (un homme sans le sou tombe amoureux d’une héritière à laquelle il préférera finalement sa sœur), le film délivre déjà une analyse féroce et pleine d’ironie des rapports de classe dans l‘Amérique des années 30, raillant le snobisme d’une caste bourgeoise hypocrite (la cousine des sœurs Seton et son mari idéalement campé par Henry Daniell). Pour autant, Holiday va bien au-delà du simple couplet « l’argent ne fait pas le bonheur » cher à Frank Capra. Certes, il oppose d’une manière volontairement caricaturale le bonheur simple des classes populaires (le professeur Porter et son épouse) aux mœurs ostentatoires des gens riches mais il interroge surtout le sens de la vie et ce qu’on attend d’elle. Vivre ses rêves et être celui que l’on veut être. Tel est en quelque sorte la morale de cette histoire dont le ressort, intelligemment, ne repose pas sur le fait pour Johnny Case d’être accepté par sa belle-famille (il l’est très vite) mais de refuser la vie qui lui est offerte par ce mariage argenté. S’il n’est pas encore trop tard pour le fiancé d’échapper à cette prison aussi dorée que vaine, tel n’est pas le cas de la sœur ainée Linda qui n’aspire elle aussi qu’à s’évader de cette maison et de la vie qu’elle symbolise tandis que le frère, tout aussi malheureux, noie ses regrets et son mal-être dans l’alcool.
Habilement, George Cukor utilise le cadre unique imposé par l’origine théâtrale du film pour faire de la vaste demeure un espace au multiples strates sociales. Quand Johnny entre pour la première fois dans la maison, il ne le fait par la « grande » porte mais par la « petite », celle de la cuisine et donc des domestiques, qui marque une sorte de frontière. Et c’est par celle-là aussi qu’il disparaitra. De même au hall d’entrée et ses dimensions pharaoniques s’oppose la salle de jeu, refuge de Linda et de son frère. Chargée de jouets et de témoins de passions artistiques empêchées (le chevalet, la batterie…), la pièce incarne l’enfance, le rêve, c’est un sanctuaire où les conventions sont bannies et où la présence de la cousine et de son époux est perçue comme une intrusion. On notera d’ailleurs qu’ils y sont accueillis par un salut bras tendu, référence évidente au nazisme et manière en cela de suggérer la complicité du capitalisme dans la montée des régimes autoritaires. Ce n’est pas anodin. Il va sans dire enfin que Katharine Hepbun est parfaite en femme éprise de liberté, éclipsant presque un Cary Grant qui laisse pourtant toujours poindre une douce folie sous le vernis d’une séduction loufoque. Aujourd’hui, Holiday a été réévalué. A raison. (16.11.2025) ⍖⍖
.jpg)


Commentaires
Enregistrer un commentaire