En dépit de sa distribution en béton armé qui convoque des poids lourds du cinéma britannique, de Michael York, jeune premier alors très demandé, à Christopher Plummer, de Richard Attenborough à Trevor Howard, de Susannah York à James Donald, sans oublier Stacy Keach (qui n’est pas anglais mais américain), Coupable sans visage a sombré dans un total oubli. Sans doute n’a-t-il pas rencontré un grand succès. Il faut dire que ce genre de théâtre filmé au service d’une intrigue se déroulant aux Indes à la fin du XIXème siècle, a dû paraître bien démodé et donc anachronique dans le cinéma du milieu des années 70, débordant de vitalité et de liberté. Pourtant, les violences sexuelles qu’il dénonce, subies par des femmes dans l’omerta d’un microcosme très masculin, rencontre de nos jours un écho troublant, à l’heure de MeToo, et le rend en conséquence très moderne. Toutefois, il est évident que, nonobstant sa peinture peu glorieuse d’un régiment anglais des lointaines colonies, plein de ces mâles rougeauds qui suent le vin et le vice, attachés à un code d’honneur qui l’est finalement bien peu, le sort de ces femmes violentées comme des cochons, intéresse moins le film en vérité que l’enquête policière sous-jacente au procès informel qui occupe la majeure partie de ses 106 minutes de bobine. Ce que traduit étonnamment bien la différence entre le titre original et sa traduction française, le premier, Conduct Unbecomming, insistant sur le comportement déplacé des hommes, le second, Coupable sans visage, sur l’aspect policier.
Mais, technicien aguerri auquel sied davantage ce registre classique que le kitsch de Doc Savage arrive tourné quelques mois plus tôt, Michael Anderson sait rendre captivant ce huis clos criminel entre les quatre murs d’une cour martiale tenue en catimini. Après une première moitié fastidieuse, l’œuvre gagne en intensité au fur et à mesure que le personnage de Michael York révèle son habileté, jeune lieutenant de basse extraction dont les idéaux et l’envie sincère d’appartenir à cette grande et belle famille de l’armée britannique, se briseront néanmoins en découvrant la vérité sordide que tente d’étouffer cette petite société aux mœurs étranges, pour ne pas entacher l’institution militaire et à travers elle, la Couronne elle-même. L’innocence de Millington, fils de général que dessert son mélange d’insolence et d’irrévérence, accusé de l’agression d’une jolie veuve, une fois prouvée, le récit tente ensuite de nous faire suspecter un des grands noms à l’affiche, Christopher Plummer de préférence. Porté par une interprétation impeccable, Coupable sans visage est assurément un bon film qui mérite la découverte mais il ne suscite en définitive ni enthousiasme ni émotion, à l’image d’un dénouement accueilli dans l’indifférence. Là réside sans doute son échec. (10.12.2025) ⍖⍖
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