Avec Les souliers de Saint Pierre, vaste fresque de politique-fiction adaptée du roman éponyme de Morris West, Michael Anderson réussit le tour de force de tenir en haleine pendant deux heures et demi en relatant l’élection d’un pape, sujet atypique à bien des égards. Il est vrai que le personnage principal est passionnant. Prisonnier politique condamné au goulag depuis vingt ans, l’archevêque ukrainien Kiril Lakota est libéré pour être envoyé à Rome par l’U.R.S.S. afin d’obtenir le soutien du Vatican dans le contexte de la rupture sino-soviétique. Peu après l’avoir fait cardinal, le souverain pontife meurt brutalement et au terme d’un long conclave, Kiril est finalement élu pape à la surprise générale, le premier à ne pas être italien depuis Adrien VI en 1522 et slave par surcroît. Très vite, Lakota se présente comme un pape très peu conventionnel, réformateur dans l’esprit du temps, ouvert au dialogue avec les autres religions, le judaïsme plus particulièrement. Soucieux des pauvres, ses prises de position franches attirent évidemment la sympathie. Reconnaissons aussi qu’Anthony Quinn, sobre contre toute attente, se révèle convaincant dans ce rôle auquel il confère une grande humanité. Plus réussi dans son analyse de l’après Vatican II que dans sa description de la Guerre Froide, Les souliers de Saint Pierre livre un documentaire précieux sur le fonctionnement de l’Église et le déroulement des conclaves, enrichi d’images d’archives de la basilique Saint-Pierre, vraisemblablement captées lors de la mort de Jean XXIII en 1963 et de l’élection de son successeur Paul VI. Ces événements revêtent toujours une grande force, même pour un non-croyant.
Emballée à la manière d’un film d’espionnage par Michael Anderson, avantageusement épaulé par son fidèle directeur de la photographie Erwin Hillier dont le travail sur la lumière des intérieurs est comme toujours remarquable, il est d’autant plus regrettable que l’ensemble soit ralenti par des intrigues secondaires qui l’éloignent de son thème principal. Si la digression centrée sur le frère Telemond (Oskar Werner) et sa condamnation pour ses ouvrages jugés hérétiques nourrit néanmoins la réflexion théologique développée par le film, les états d’âme conjugaux du journaliste américain et de son épouse médecin ne présentent eux aucun intérêt, si ce n’est filer un rôle à David Janssen alors auréolé du succès de la série culte Le fugitif. Au sujet des acteurs, soulignons la qualité de la distribution qui, outre les déjà nommés Anthony Quinn et Oskar Werner, convie Laurence Olivier (en secrétaire général soviétique), Vittorio de Sica, Leo McKern (il a de très bonnes scènes dans la soutane d’un vieux cardinal) ou encore John Gielgud. Dix ans plus tard, le polonais et opposant au communisme Jean-Paul II sera élu pape, faisant des Souliers de Saint Pierre une œuvre curieusement prophétique. Quant au réalisateur, il continuera dans cette thématique pontificale en abordant dans son film suivant la figure imaginaire de la papesse Jeanne... (18.11.2025) ⍖⍖
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