Peter Fonda - Wanda Nevada (1979)


Si, des deux enfants d’Henry Fonda, le grand public a surtout retenu sa fille aînée Jane, il est pourtant permis de lui préférer son frère Peter dont la carrière fut bien plus intéressante sinon attachante. Eternellement associé à Easy Rider (1969) qu’il a co-écrit avec Dennis Hopper, il anime durant les années 70 toute une série de films dédaigneusement considérés par la critique comme de la modeste série B et pourtant ô combien jubilatoires et au ton surtout très personnel, de Larry le dingue, Mary la garce (1974) de John Hough à Colère froide (1976) de Jonathan Demme. Il y incarne généralement, dans une Amérique provinciale et rocailleuse, des foireux magnifiques en quête de fric et de bonheur. Par ailleurs sensible au sort des Indiens et aux questions environnementales, Peter Fonda fut donc plus qu’un simple acteur mais un auteur, ce qui transparait dans les rares films qu’il a réalisés, moins la SF Idaho Transfer (1973) que L’homme sans frontière (1971) et ce Wanda Nevada qui nous intéresse. Sur un mode mineur peut-être, sa troisième et dernière réalisation n’en porte en effet pas moins sa patte. Western moderne en forme de road-movie qui chemine au gré de rencontres avec des personnages insolites (dont un vieux prospecteur campé par Henry Fonda lui-même), Wanda Nevada évoque évidemment Easy Rider tandis que le couple qu’il forme avec une (femme) enfant crampon et boudeuse dont il voudrait bien se débarrasser, rappelle un peu celui de Larry Dingue, Mary la garce. Enfin, cette histoire de fantôme qui veille sur l’or niché dans les replis arides des anciennes terres Apaches, véhicule un message pro-indien auquel Fonda reste sincèrement attaché. 


De ce curieux film qui baguenaude entre aventures et romance aux confins du surnaturel au milieu de l’immensité époustouflante du Grand Canyon, on retient cependant moins ces marqueurs tant géographiques que culturels que la relation entre cette jeune fille de 14 ans, que farde un maquillage aguichant, et un homme qui pourrait être son père. Lui est un arnaqueur qui mène une vie d’errance. Lors d’une partie de poker, il la gagne, orpheline qui traîne là et joue aux femmes. Rêvant tous les deux d’une vie meilleure, ils se transforment en chercheurs d’or, des gâchettes minables mais violentes aux basques. Aux disputes cède peu à peu malgré la différence d’âge un amour, toutefois plus affectueux que charnel, qui ne manquera pas à coups sûrs aujourd’hui d’en faire hurler certain(e)s. Pourtant, Peter Fonda ne tombe jamais dans le piège du scabreux tendu par cette union improbable qu’il traite au contraire avec beaucoup de tendresse et de drôlerie. Il y est aidé par une irrésistible et troublante Brooke Shields en enfant femme dont les charmes, que dévorent les hommes avec envie, ne suffisent pas à masquer une innocence qui ne s’est pas encore envolée. Réjouissante, la complicité entre la jeune comédienne et son partenaire fait tout le sel de Wanda Nevada, rencontre de deux solitudes, qui se trouvent, se flairent et se soudent l’une à l’autre pour reconstituer la famille dont ils ont chacun été privé. (25.11. 2025) ⍖⍖⍖



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