Longtemps après avoir adapté 1984, Michael Anderson se frotte à un autre mètre-étalon de la SF en portant à l’écran Chroniques martiennes (1950) de Ray Bradbury. Si le premier était somme toute plutôt réussi quand bien même la grande adaptation du roman d’Orwell reste à faire (mais est-elle vraiment possible ?), le second déçoit en revanche fortement. Tournée en 1979, l’œuvre s’inscrit évidemment dans le renouveau du cinéma de science-fiction favorisé par La guerre des étoiles (1977) dont le triomphe aiguise l’appétit des producteurs, parmi lesquels Milton Subitsky qui, après le fantastique (Dominique), s’est dit que l’espace pourrait rapporter plus gros encore. Pour ce faire, il embauche donc à nouveau Anderson qui alors commence à déserter le grand écran pour le petit (Sword Of Gideon, Le loup des mers...). En effet, si une version rabotée a bien été exploitée dans les salles (sans grand succès par ailleurs), The Martian Chronicles est en vérité une mini-série composée de trois épisodes d’une centaine de minutes chacun. Bien que ce format TV se prête idéalement à l’adaptation de ce qui est en fait un recueil de nouvelles, ses limites se révèlent malheureusement évidentes. Faute du budget adéquat, l’ensemble paraît bien chétif en comparaison non seulement de Star Wars mais aussi des Galactica et consorts. Quelques maquettes, grossières au surplus, des matte paintings, plus réussis quant à eux, et les paysages caillouteux fournis par Malte et les Îles Canaries constituent les maigres artifices censées évoqués la planète rouge, son exploration et sa colonisation par les Terriens. Autant dire que tout du long, l’impression d'être toujours sur Terre, ne nous quitte jamais vraiment.
D’où la déception ressentie face à un produit télé qui, quoique non sans charme, ne parvient à capter ni l’esprit ni la sève du matériau originel. Ray Bradbury fut du reste très mécontent du résultat. On peut le comprendre. Que l’immense Richard Matheson, autre écrivain majeur, ait signé le scénario, laissait pourtant espérer mieux que ce qui ne peut passer pour autre chose qu’une série télé. Dans ses meilleurs moments, teintés d’une inquiétante étrangeté, Chroniques martiennes évoque d’ailleurs davantage La quatrième dimension, dont Matheson écrivit certains épisodes, que Bradbury lui-même. Ainsi et à l’instar des précédentes réalisations de Michael Anderson, telles que Orca ou Dominique justement, The Martian Chronicles se révèle totalement anachronique et (déjà) daté alors qu’il devait surfer sur la mode du moment, plus proche finalement de la SF des années 50/60 que du space opera alors en vogue. Certes de qualité, la distribution qui convoque notamment Rock Hudson (pas tellement concerné de surcroît, selon son habitude), Maria Schell ou Roddy MacDowall, participe de ce vernis un peu suranné. Le tout n’en demeure pas moins sympathique, notamment pour le parallèle qu’il impose avec l’histoire des Etats-Unis dont la conquête de Mars reproduit les étapes et les écueils (le colon sûr de sa domination face à une civilisation ancienne dont il ne respecte pas la primauté, la notion de frontière et de terre promise...). La dénonciation du péril nucléaire est appuyée mais efficace. La photographie de Ted Moore, particulièrement durant les scènes où Fritz Weaver voit apparaître le Christ, à l’éclairage étudié, comble le travail (trop) fonctionnel de Michael Anderson que la SF de L’âge de cristal (1976) avait plus inspiré… Il n’en reste aujourd’hui qu’un spectacle bavard et ennuyeux qui ne séduira guère que des amateurs d’une (fausse) SF nostalgique. (05.01.2026) ⍖⍖
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