Sorti deux ans après Les dents de la mer, Orca cherche évidemment à capitaliser sur le triomphe du film de Spielberg. Les premières minutes, qui voient le Capitaine Nolan chasser le Grand Blanc à bord d’un vieux rafiot, en sont même un démarquage totalement assumé. La manière dont, plus tard, l’épaulard rode sur un air de musique menaçant, aussi. Les deux films n’en affichent pas moins des différences, tant dans la qualité (ils ne jouent clairement pas dans la même cour) que dans leur approche. Orca inverse ainsi les rôles, faisant de l’animal la victime vengeresse face à l’homme qui a tué sa femelle et le bébé qu’elle portait, là où Jaws présente le requin comme l’incarnation du mal absolu, traquant l’humain moins pour bouffer que par cruauté. Si ce message écologique qui appelle à préserver les animaux, marins au cas présent, le rend sympathique et parfois émouvant, Orca appuie toutefois un peu trop sur l’automorphisme pour être plausible, prêtant aux épaulards des sentiments et un comportement qui ne sont pas les leurs, quand bien même leur sensibilité, leur intelligence et leur organisation sociale (ils sont effectivement monogame) sont documentées. A sa manière, toute aussi exagérée, Les dents de la mer se révèle paradoxalement plus crédible et fonctionne mieux comme spectacle de terreur maritime.
Renouant agréablement, après l’aventure kitsch de Doc Savage arrive et la SF en pyjama de L’âge de cristal, avec l’esthétique réaliste et anglaise de ses débuts (Cargaison dangereuse), laquelle se nourrit du cadre offert par Terre-Neuve, Michael Anderson n’en apparaît pas moins désormais périmé, face à une nouvelle génération de cinéastes. Certaines séquences sont néanmoins parfaitement exécutées (l’attaque de la maison sur pilotis) ou très belles (le dénouement sur la banquise). La distribution est de qualité mais là encore, décevante. Charlotte Rampling est sous-employée, Robert Carradine, Bo Derek ou Keenan Wynn quasi inexistants. Richard Harris est dans son rôle, avec ce mélange qui n’appartient qu’à lui de virilité rugueuse et de folie sourde. A leur décharge, la psychologie de leurs personnages est taillée au harpon, telle la ressemblance, intéressante mais trop peu développée, entre Nolan et l’orque, mâles auxquels femme et enfant ont été arrachés et tous les deux rongés par une pulsion de mort. Ses limites, qui le condamnent à la série B (ce n’est pas une critique), n’empêche pas Orca de figurer parmi les rejetons les plus soignés et distrayants du mètre-étalon spielbergien dans le sillage duquel le cinéma bis imaginera toute de sorte de menaces aquatiques (piranhas, alligators...). Les pleurs de l’épaulard et le fœtus qui s’échoue sur le pont du bateau, demeurent gravés dans les mémoires des cinéphiles qui ont découvert le films quand ils étaient gamins. Le charme des années 70 fait le reste, thriller maritime solide au format serré. (21.12.2025) ⍖⍖
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