Pour le fan de Charles Bronson (dont fait partie votre serviteur), Le loup des mers, adaptation du roman de Jack London que Michael Curtiz, entre autres, avait déjà porté à l’écran (Le vaisseau fantôme), présente un double intérêt. D’une part, il permet de voir le comédien troquer – enfin ! -son personnage emblématique et hiératique de dératiseur urbain dont il a abusé à partir du Justicier dans la ville n°2 (1982), pour un rôle différent, plus épais et ambigu, ce qui, à l’exception de Act Of Vengeance (1986) de John MacKenzie ou de The Indian Runner (1991) de Sean Penn, sera rare lors d’une fin de carrière paresseuse. D’autre part, il offre l’occasion, tout aussi rare à l’époque, de contempler le Bronson face à un autre acteur d’envergure, le regretté Christopher Reeve. Que cette rencontre au sommet soit orchestrée par Michael Anderson, vétéran certes fatigué mais dont une bonne part de la filmographie reste de bonne mémoire, ajoute à l’intérêt de cette adaptation. Las, The Sea Wolf est très loin de tenir ses promesses. Non seulement car, serré dans un format télé trop modeste, le résultat manque de souffle et d’ampleur mais aussi, et c’est plus triste, parce que, dans la peau du Capitaine Larsen, homme tyrannique et pourtant cultivé, qui cite Milton et torture son équipage avec la même délectation, reconnaissons que le moustachu, malgré toute la sympathie qu’on a pour lui, ne se monstre jamais franchement convaincant, moins dans tous les cas que Edward G. Robinson dans la version de Curtiz, dont il retrouve d’ailleurs par moment, certaines expressions du visage.
En revanche, l’interprétation de son partenaire suscite davantage l’adhésion, en ce sens qu’il traduit assez justement la transformation de son personnage, dandy un peu snob que les circonstances obligent à s’endurcir sans perdre en humanité néanmoins. De solides seconds rôles (Marc Singer, Clive Revill en cuistot vil et poisseux), de bons dialogues et un réalisme relatif dans les scènes sur le pont du bateau, évitent également au Loup des mers de boire la tasse, téléfilm dont il ne faut donc pas attendre plus que ce qu’il a offrir, souffrant évidemment de la comparaison avec la version de 1941. Dommage pour Bronson qui a dû prendre plaisir à camper un méchant dont il ne tire malheureusement pas grand-chose mais qu’on préfère quand même dans ce registre différent que dans le sinistre Death Wish V ou dans les trois épisodes de Family Of Cops qu’il enchaînera par la suite sans faire preuve d’une conviction évidente... (18.01.2026) ⍖
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