Stuart Walker - L'aigle et le vautour (1933)


L’aigle et le vautour est le nom d’un western avec John Payne, tourné par Lewis Foster en 1950 mais c’est aussi celui d’un film plus ancien, réalisé en 1933 par Stuart Walker (Le monstre de Londres), dans un genre totalement différent puisqu’il rend hommage aux aviateurs américains engagés au sein du Royal Flighting Corps (qui deviendra la Royal Air Force) durant la Première Guerre mondiale. De part son thème, il évoque d’autres films de la même époque tels que Les ailes (1927) de William Wellman, La patrouille de l’aube (1930) de Howard Hawks ou Les titans du ciel (1931) de George William Hill qui tous, excepté le dernier, porte la marque de leur auteur John Monk Saunders, qui servi dans le United States Flying Corps en Floride, avant de devenir journaliste, écrivain puis scénariste. Témoignant de cette fascination pour ces vieux coucous éminemment cinématographiques et les hommes qui les pilotent, casse-cous des airs un peu fous, L’aigle et le vautour repose sur l’opposition classique entre deux caractères antagonistes. L’un, le lieutenant Young (Fredric March) est un héros de l’aviation, l’autre, Crocker (Cary Grant), est un mitrailleur qui a échoué à devenir pilote. Les deux hommes se détestent mais vont devoir faire équipe. Alors qu’on imaginait bien une femme se glisser entre les deux, ce n’est étonnamment pas le cas, quand bien même ne nous est pas épargnée une romance inutile entre Fredrich March et Carole Lombard qui paraît avoir été intégrée pour répondre à quelque obligation sentimentale. 


Ses atours éprouvés n’en cachent pas moins un film en définitive plus curieux qu’il n’y paraît, poinçonné de détails ou scènes insolites. Citons le personnage de Stevens, jeune pilote dont les traits bizarrement féminins suggère une homosexualité à peine voilée, ainsi que la séquence du cauchemar qui contraste par son éclairage fantastique où les visages sont avalés par les ténèbres. Surtout, le message qu’il entend véhiculé se révèle contradictoire. Tempête dans un crâne, l’œuvre se veut clairement pacifique, dénonçant le sacrifice de ces jeunes garçons, tout camps confondu, qui hante le héros jusqu’à l’obsession, en un vibrant plaidoyer pour la paix. Cependant, tourné en 1933, année où Hitler décroche le pouvoir en Allemagne, le film prépare également à la guerre. C’est le sens des mots employés (la démocratie, l’humanité et la civilisation qu’il faut sauver) et d’une fin, certes belle et tragique dans sa dimension sacrificielle mais qui semble avoir été modifiée, comme le confirme Mitchell Leisen qui pris part au scénario. S’il conserve encore une certaine tenue grâce à son interprétation, la mise en scène efficace de Stuart Walker, une direction artistique soignée et ses séquences aériennes (des stock-shots de la Grande Guerre pour la plupart), L’aigle et le vautour n’évolue néanmoins pas dans la même catégorie que le Wings de Wellman et gageons que, sans la participation de Cary Grant encore réduit aux rôles secondaires, il serait plus oublié encore aujourd’hui. (17.01.2026) ⍖⍖


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