Bien souvent, même si cela est moins vrai de nos jour, à l’heure d’Internet et du téléchargement, le premier contact avec un disque se fait avec sa pochette. A l’instar des jaquettes de nos antiques VHS, ce visuel est porteur d’un imaginaire qui fonctionne comme une invite, une porte d’entrée. Dans ce registre, Marillion, c’est un peu le Iron Maiden du rock progressif. Des pochettes conçues comme des œuvres d’art, dessinées par un même artiste, Mark Wilkinson, en étroite collaboration avec le parolier du groupe, Fish, un homme à l’univers très personnel. Dans le cas de Fugazi, seconde offrande des Anglais, l’illustration l’habillant sied à merveille à son contenu. Froid et désespéré, l’album s’inscrit dans le sillage de son prédécesseur, l’inégalé Script For A Jester’s Tear, comme le suggèrent certains détails récurrents (le personnage de l’arlequin, véritable alter ego du chanteur, la pie, le caméléon…). Toutefois, Marillion parvient à éviter la redite, écueil dans lequel sombre nombre de formations ayant enfanté un premier essai aux allures de chef-d’œuvre.
Les fondations sont identiques, mais les musiciens commencent à remodeler leur édifice. Ils lui confère des atours plus hard rock, à l’image du puissant titre d’ouverture, « Assassing », sorte de petit frère de « He Knows You Know » ; les guitares révèlent leur présence tragique de manière plus affirmée. Associées à la voix singulière de Fish, vecteur d’une tristesse insondable, elles sont les contreforts d’une cathédrale de souffrance. Ces longues chansons forment l’écrin d’un profond désespoir. « She Chameleon », « Incubus » et surtout le terminal et définitif « Fugazi », qui résonne comme un cri de rage en même temps qu’il traduit le sentiment d’impuissance de son auteur face à un monde qu’il ne comprend pas (plus) sont des monuments de douleur écrits à l’encre noire. Aucune pointe d’espoir ne vient illuminé ne serait-ce qu’un instant ce Fugazi qui permet à Marillion de transformer l’essai de la plus belle des manières. Après une époque sombre à la l’aune des années 80, le progressif, bien malmené par la vague (éphémère) punk, retrouve des couleurs. Mais loin de la (parfois) vaine démonstration technique de jadis, les jeunes prêtres de cette chapelle en appellent plus désormais à l’émotion qu’à la virtuosité, qu’ils maîtrisent pourtant. (30.09.2007) ⍖⍖⍖


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