Mouring Beloveth - A Murderous Circus (2005)


Ne jamais bloquer sur une vilaine pochette. Telle est la leçon que l’on peut (déjà) retenir de ce troisième pavé de Mourning Beloveth, fier héritier du doom death british comme on l’aime, car il est clair sinon qu’il y a de fortes chances pour que vous passiez votre chemin à la vue de ce visuel peu inspiré puant le sous Travis Smith (l’un des illustrateurs les plus demandés du moment) et en particulier le travail que ce dernier a effectué récemment pour Katatonia et son Viva Emptiness. Or ça serait dommage car A Murderous Circus, sans atteindre la qualité, le niveau (élevé certes) de ses deux prédécesseurs, les acclamés Dust et surtout The Sullen Sulcus, peut-être l’un des plus impressionnants albums de doom sortis depuis le début d’une décennie pourtant riche en sorties funèbres, s’affirme dors-et-déjà comme une des plus terribles plongées dans les abîmes de la dépression. Des profondeurs de ses plus de 70 minutes de lenteur étouffante pour seulement cinq titres, cette nouvelle échappée des Irlandais requiert un effort pour être enfilée d’un coup. Et on ne parle même pas de la version limitée qui est enrichi d’un deuxième disque, comprenant deux inédits et 4 titres live capturés en Hollande en 2004. Ces complaintes pétrifiées semblent sans fin, voire carrément interminables et il est clair que le groupe n’a pas choisi la facilité. Mais dans ce créneau aujourd’hui depuis de plus en plus arpenté, les cinq musiciens s’en tirent avec les honneurs. Ils gravent un doom séculaire et granitique, figé dans un bloc qu’aucune lumière ne vient jamais caresser. Les riffs pleurent des mélodies désespérées et érigent une cathédrale de tristesse. 


Plus abyssal, plus noir, A Murderous Circus fait même l’impasse, ou presque, sur la voix clair, pourtant si sublime qui avait illuminé nombres de compos des deux premières cuvées. Alors que d’aucuns considéraient jusqu'à présent  Mourning Beloveth comme le fils spirituel des ancêtres My Dying Bride ; le groupe entretenait d’ailleurs cette filiation  en allant s’enfermer dans les célèbres Academy Studios, comme son aîné, il a décidé de s’éloigner de son modèle en enregistrant chez Markus Stock (alias Schwadorff d’Empyrium) au Studio E et en s’enfonçant encore plus loin dans la mine, la tête la première, parfois même un peu trop. Si « The Apocalypse Machine » est un monument de douleur et de beauté, « Elemental Nausea » ou « Nothing » donnent tout de même l’impression de tourner un peu en rond ; ils leur manquent une structure rigoureuse, que l’on retrouvait bien davantage chez les perles noires qui embrasaient The Sullen Sulcus. En soi, pondre de (très) longs titres, n’est pas difficile ; écrire de bons et longs morceaux, cela l’est beaucoup plus. Mourning Beloveth, en dépit d’un potentiel énorme démontre qui ne maîtrise pas encore tout à fait cet art. Amputés de quelques minutes, ces cinq plages seraient certainement de pures tueries, à l’impact foudroyant. En l’état, elles ratent un peu le coche, ce qui n’empêche par cet album de se hisser largement au-dessus de la masse. (28.06.2007) ⍖⍖⍖

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