David Leland - Big Man (1990)


Avant de connaître la consécration en 1993 grâce à La liste de Schindler de Steven Spielberg, Liam Neeson a trimballé son imposante carcasse dans nombre de bobines tout à fait intéressantes, de Suspect dangereux (1987) de Peter Yates à La dernière cible (1988) avec Clint Eastwood, du Darkman (1990) de Sam Raimi à Maris et femmes (1992) de Woody Allen. Beau film méconnu, Big Man complète cette liste. Il y tient qui plus est le premier rôle, celui d'un ancien mineur qui, contraint au chômage, accepte un combat de boxe à points nus pour gagner de l'argent et reconquérir le respect de lui-même. Second long métrage de David Leland qui, en tant que scénariste (Made In Britain de Alan Clarke, Mona Lisa de Neil Jordan), participe dans les années 80 au renouveau du cinéma britannique dans sa noirceur violente et sociale, l'oeuvre coule certains ingrédients du film noir (la boxe et son arsenal mafieux) dans le creuset social d'une Ecosse sinistrée par la fermeture de ses mines. 


Proche par moment du Bagarreur (1975) de Walter Hill, Big Man n'est pourtant pas un film d'action à proprement dit, ce qui n'empêche pas le combat de boxe au centre du récit de se révéler dans toute sa brutalité qui confine à la haine et à la méchanceté. Ensanglantés et le visage tuméfié, ce ne sont à la fin plus deux hommes qui s'affrontent avec leurs poings mais deux bêtes sauvages en cela que toute trace d'humanité les a désertés. Rarement il nous a été donné de voir à l'écran un combat de boxe d'une telle âpreté teigneuse qui prend aux tripes et remue à la manière d'une coloscopie un peu rude. Pour autant, l'intérêt du film réside peut-être finalement moins dans cette séquence particulièrement dure que dans sa plongée dans un univers interlope fait de matchs truqués et peuplé de personnages inquiétants (glacial Ian Bannen) et dans le portrait qu'il trace d'un couple à la dérive sur fond de marasme économique. Dans cet horizon barré, Danny est plus qu'un champion, il est le héros qui redonne espoir et honneur à toute une population paupérisée par les plans sociaux. Porté par les qualités indélébiles du cinéma anglais, réalisme sans fard et authenticité des comédiens, Big Man est à (re)découvrir. (10.04.2023) ⍖⍖


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