Budd Boetticher - A l'est de Sumatra (1953)


A l'est de Sumatra possède au moins un mérite, celui de démontrer que ni Budd Boetticher ni le romancier Louis L'Amour qui en a imaginé l'histoire, ne sont vraiment à l'aise en dehors du western. Comme son titre le suggère, il s'agit donc d'un film d'aventures exotiques où un ingénieur (Jeff Chandler) est envoyé avec son équipe dans une petite île que domine un roi (Anthony Quinn) afin d'y exploiter de l'étain. Au cas où nous n'aurions pas compris que de ce roi d'un abord sympathique et accueillant viendra le danger, le héros, Duke Mullane, se chargera de l'énoncer à ses compagnons (et à nous par la même occasion) au terme d'un banquet censé sceller un accord qu'on devine évidemment fragile entre les Américains et les habitants de cette île méconnue. Deux femmes viennent pimenter l'intrigue, la fille du roi Kiang dont la beauté ne laisse pas insensible notre ténébreux Jeff Chandler et la fiancée (Marilyne Maxwell) de son patron (John Sutton) avec laquelle il entretint autrefois une liaison. 


Tous les ingrédients sont réunis pour mijoter une série B divertissante comme la Universal en avait alors le secret. Pourtant, A l'est de Sumatra ne fonctionne pas tellement et finit par être ennuyeux. Peut-être parce que les personnages sont tous écrits avec paresse. Même Jay C. Flippen, second couteau apprécié de tant de bobines des années 50 (chez Anthony Mann notamment), se montre presque inexistant, c'est dire. Les visages familiers de Peter Graves, Earl Holliman, Scatman Scrothers (futur partenaire de Jack Nicholson dans Vol au-dessus d'un nid de coucou et Shining ou de Clint Eastwood dans Bronco Billy) et donc de Jay C. Flippen sauvent malgré tout ce qui peut l'être de ce East Of Sumatra au Technicolor étincelant mais freiné par un manque d'action et embarrassé par un Jeff Chandler qu'on a connu plus convaincant et un Anthony Quinn endormi dans la peau du seul protagoniste néanmoins intéressant en cela qu'il échappe aux standards habituels du méchant, qu'il n'est en fait pas vraiment. Il s'en dégage cependant ce charme unique de ces séries B des années 50 pour programme de La dernière séance, vestige sans prétention d'une époque révolue... (25.07.2023) ⍖



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