DeWolff - Muscle Shoals (2024)


Il existe un malentendu avec DeWolff. Nous avons longtemps cru qu’il s’agissait d’un groupe de stoner biberonné aux juteuses seventies comme on en croise énormément, quoique meilleur que bien d‘autres. Au vrai, les Hollandais vidangent surtout du rock (un peu) et du blues teinté de soul (beaucoup). Et plus les années passent et les rondelles avec, et plus leur socle psychédélique s’effrite. Il n’en reste aujourd’hui presque plus rien. A tout cela, il y a une raison simple. Ce n’est en effet pas seulement à un voyage dans le temps que le trio convie l’auditeur mais à une échappée géographique, dans l’Amérique profonde, celle des bastringues et de la country dont il cherche à capter l’âme. Déjà plus que prégnante sur Love, Death  & In Between, cette évolution se voit confirmée par Muscle Shoals qui largue les derniers amarres du rock vaguement stoner auquel ses géniteurs étaient associés. Son titre fait bien sûr référence au studio d’enregistrement du même nom situé en Alabama, état emblématique du Sud des Etats-Unis et de la culture Dixie. Ce dixième album (déjà!) y a été en partie gravé sous la houlette de Ben Tanner (The Pollies, Alabama Shakes). On imagine sans peine le bonheur qu’a dû représenter pour les Néerlandais le fait d’enregistrer dans ce lieu chargé d’histoire qui a vu passer Aretha Franklin ou Wilson Pickett. 


Muscle Shoals en porte incontestablement la marque dans ses tripes et dans son cœur, comme s’il avait su capturer l’esprit des musiciens légendaires qui ont défilé entre ces murs. Si grâce ces claviers humides et antédiluviens, l’ombre des Doors (‘Fools &Horses’) ou de Deep Purple (‘Out On The Town’) le recouvrent par moments, il y a surtout beaucoup de blues et de soul dans ce disque tour à tour furieusement remuant (le chaloupé ‘In Love’), parfois un peu plus dur (‘Natural Woman’), le plus souvent moelleux (le tranquille ‘Let’s Stay Together’). Son inspiration plus que jamais au garde-à-vous dicte au groupe quelques-unes de ses plus belles saillies. Citons ce ‘Ophelia’, parfaite synthèse du style DeWolff, toute en percussions frétillantes, guitares gorgées de feeling et chœurs Gospel. Le très bluesy ‘Truce’, ce ‘Book Of Life’ échappé d’un honky tonk ou l’étonnamment étiré (plus de 8 minutes), ‘Snowbird’, pièce veloutée qui chemine avec délicatesse durant une longue partie instrumentale, illustrent également cette verve insolente doublée d’une joie communicative. En treize titres sans temps mort, Muscle Shoals dévoile un DeWolff à son apogée dans un style vieilli en fût de chêne qui n’appartient qu’à lui, de moins en moins psyché et de plus en plus blues et soul. Au vu du résultat, douillet et vigoureux, nul ne s’en plaindra. (04.01.2025 | MW) ⍖⍖⍖

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