Robert Aldrich - Les 12 salopards (1967)


A partir des années 60 et exception faite du Jour le plus long ou de Tora ! Tora ! Tora notamment, le film de guerre mise davantage sur l’action que sur la véracité historique ou l’antimilitarisme (que le bourbier vietnamien ne tardera toutefois pas à réanimer). Dans le sillage du triomphe des Canons de Navarone (1961) de Jack Lee Thompson, la mode est alors au commando parachuté pour une mission impossible, exercice que Les douze salopards porte à un degré (quasi) parfait. A ce thème, il en ajoute un second, celui du recrutement des divers membres qui composeront le commando suicide, faisant de lui une sorte de 7 mercenaires dans la Seconde Guerre mondiale. Et comme dans le western de John Sturges, des acteurs forts en gueule sont embauchés pour les caractériser. De là l’immense succès rencontré par ce film, sans doute le plus célèbre de Robert Aldrich. Longtemps après Attaque ! (1956), le cinéaste renoue avec la guerre mais le ton et la démarche ne sont donc plus les mêmes. L’histoire paraît improbable, l’humour souvent (un peu trop) présent et la critique de l’armée se limite à quelques saillies et à la figure peu glorieuse mais caricaturale du Colonel Everett Dasher-Breed (Robert Ryan). 


Découpé en quatre parties assez classiques (la présentation, l’entraînement, la mise à l’épreuve et la mission en tant que telle), Les douze salopards puise son intérêt ailleurs, dans la force de son casting où se frottent des mâles bien rudes, de Lee Marvin à Charles Bronson, de Jim Brown à Clint Walker. Reste que ce sont les plus déjantés qui finalement marquent les esprits : John Cassavetes qui bouffe l’écran, Telly Savalas en psychopathe investi de la mission divine de purifier la terre des femelles pécheresses (pléonasme) et  dans une moindre mesure Donald Sutherland dans un de ses premiers rôles. Ernest Borgnine, Ralph Meeker, George Kennedy et Richard Jaeckel complètent cette distribution virile où les femmes sont réduites à une récompense sexuelle. La mise en scène de Robert Aldrich, nerveuse comme le réclame le thème du commando, fait le reste. Les douze salopards est un vrai film d’hommes mais qui, non sans malice, démythifie la notion de héros puisque la bravoure n’est pas le fait de soldats bardés de galons mais d’une bande iconoclaste de violeurs, de brutes et de fous ou d’officiers réticents à l’autorité... (13.07.2024) ⍖⍖⍖⍖


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