Passés maîtres dans l’art de la photocopie, les Italiens ne se font jamais prier pour surfer sur les grands succès hollywoodiens du moment qu’ils pompent joyeusement et sans vergogne. Le fantastique satanique est en vogue au milieu des années 70 après les triomphes de L’exorciste (1973) de William Friedkin puis de La malédiction (1976) de Richard Donner, lui-même déjà motivé par le sacre commercial de son prédécesseur. Après s’être fortement inspiré du premier dont il a offert un très honnête plagiat, L’antéchrist (1974), Alberto De Martino se frotte au second avec Holocaust 2000. Thème identique basé sur la venue de l’antéchrist (encore!), même recours à une star américaine vieillissante pour mener l’enquête (Kirk Douglas dans les pas de Gregory Peck) mais une stature bien moindre, petite coproduction anglo-italienne oblige. Le film bénéfice pourtant de moyens relativement importants, qui lui permet de confier sa B.O à Ennio Morricone, de multiplier les décors (la salle où trône l’ordinateur aux allures de cathédrale moderne) et d’exposer une distribution internationale (outre sa tête d’affiche, défilent Simon Ward, Agostina Belli, Anthony Quayle, Adolfo Celi ou encore Alexander Knox) et presque trop généreuse pour du bis italien. Malgré une carrière qui décline (la dernière œuvre majeure dans laquelle il apparaîtra étant Le reptile en 1970) et le pousse alors vers le fantastique ou la SF avec plus (Furie de Brian De Palma) ou moins (Saturn 3 de Stanley Donen, dont on se demande ce qu’il est venu foutre là) de bonheur, Kirk Douglas a l’air toutefois d’y croire. Son charisme et son corps intacts, il porte encore beau et emballe même une Agostina Belli qui joue malheureusement trop les utilités décoratives.
En dépit d’un message écologique lourdingue, de situations appuyées (la réincarnation de l’antéchrist s’appelle Angel et s’apprête à fêter ses 33 ans !) et d’une métaphore biblique sur le péril atomique un brin naïve, Holocaust 2000 mérite pourtant mieux que ses atours de série B mercantile. De Martino est un de ces artisans habiles qui au gré des modes passe du péplum (Persée l’invincible), au western (Django tire le premier), de l’eurospy (Espionnage à Capetown) au polar (Special Magnum) avec une inoxydable efficacité. Ce savoir-faire éprouvé lui dicte quelques scènes qui laissent de durables sédiments dans la mémoire (une tête fauchée par les pales d’un hélicoptère, Anthony Quayle sectionné par des portes vitrées). Aidé par une photographie soignée et brumeuse, il sait épandre une atmosphère envoûtante (l’apparition fantomatique de Agostina Belli dans un cimetière) tandis qu’un bout de décor d’une blancheur épurée (l’asile) lui suffit pour plonger son récit dans une horreur hallucinée. Etonnamment, le film s’achève d’une manière qui pourra décevoir car bien peu spectaculaire, préférant à l’apocalypse attendue la vision, elle aussi biblique, de Kirk Douglas et Agostina Belli réunis avec leur bébé dans le désert, Joseph et Marie d’un nouvel âge… Cette conclusion qui prend le contre-pied des conventions participe de l’identité particulière de Holocaust 2000, film en définitive plus curieux et personnel qu’il n’en a l’air. (28.08.2024) ⍖⍖
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