Devin Townsend est une sorte de Dr Jekyll et Mr Hyde : comment en effet un artiste peut-il produire à la fois une musique aussi brutale avec Strapping Young Lad, et aussi belle sous son propre nom ? Bien sûr, il existe de nombreuses passerelles entre les deux projets, mais tout de même ; la question mérite d’être posée ! Synchestra est son sixième album solo et le second à sortir sous le patronyme du Devin Townsend Band, et se veut beaucoup moins accessible que le divin Accelerated Evolution, publié il y a déjà trois ans. Bâti autour de treize chansons mais qui semblent n’en former qu’une seule, il nécessite de fait de multiples écoutes pour être appréhender et évaluer à sa juste à sa juste valeur. Les premières écoutes laissent une impression mitigée : on se rend compte immédiatement qu’il s’agit d’un bon album, mais on a du mal à le cerner et on se dit qu’il n’atteint pas l’excellence de son prédécesseur. Puis peu à peu, les morceaux, qui peuvent être très courts (« Hypergeek », « Vampolka »…) ou épiques (« Triumph », chanson typique du style Townsend) commencent à livrer leur secret, leurs richesses. C’est donc encore un vrai bijou qu’a composé le Canadien fou, coqueluche des journalistes mais peu vendeur malheureusement.
Musicalement et textuellement, Synchestra se rapproche assez de Terria ; les deux sont comme un voyage au cœur de la nature et de la Terre, thème en parfaite osmose avec le style très aérien de Devin. Portés par la voix si particulière du musicien et par ses majestueuses envolées à la six cordes (il est à ce titre un des guitaristes les plus doués de sa génération et l’un des plus sous-estimés également), certains titres constituent de purs joyaux d’un genre que certains rattachent maladroitement au progressif mais qui dépasse en fait toute catégorisation, tels que le puissant « Vampiria », le stratosphérique « Gaia » (avec en invité le gratteux Steve Vai, lequel retrouve le chanteur longtemps après son très controversé Sex & Religion) ou les longs « Pixillate » et « Notes From Africa ». Bien que très complexe et parfois très heavy, la musique se pare d’une pureté, d’une fluidité remarquables qui hisse Devin Townsend largement au-dessus de ses concurrents. Mais en a-t-il seulement, lui qui s’épanouit dans un univers qui n’appartient clairement qu’à lui ? Synchestra eut-été moins long et privé de quelques morceaux plus dispensables car n’apportant rien de nouveau (« A Simple Lullaby »), qu’il aurait été aussi réussi qu’Accelerated Evolution. Mais en l’état, il demeure remarquable et confirme si besoin en était encore tout le talent du Canadien. (2006) ⍖⍖⍖
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