Ancien flic et fils de policier, un jeune assistant du District Attorney enquête sur la mort d’un gangster portoricain, qui est supposé avoir été abattu en état de légitime défense par un lieutenant chevronné du NYPD. Contre-enquête porte incontestablement la marque de Sidney Lumet, en mode mineur néanmoins. Ses films sont pleins de ces héros idéalistes confrontés à la corruption d’une institution policière dont ils débusquent peu à peu le mal qui la ronge, de Serpico (1973) au Prince de New York (1981) sans oublier Dans l’ombre de Manhattan (1997). De même, New York fournit le cadre à une bonne partie de son œuvre, ville dont il aime explorer le tissu urbain et les entrailles interlopes (Un après-midi de chien), quand bien même il lui est parfois arrivé de céder à une illustration plus romantique (A la recherche de Garbo). Enfin, Contre-enquête permet au cinéaste de cultiver le thème récurrent chez lui de la famille et la quête d’une figure paternelle avec en filigrane la question de la transmission. Le fait qu’il ait lui-même adapté le roman d’Edwin Torres dit ainsi beaucoup de son intérêt pour cette histoire totalement taillée pour lui et dont il tire un film d’une noirceur totale dans son portrait d’une société gangrenée par la violence et le racisme où les différentes communautés qui la composent (irlandaise, noire, juive, portoricaine…) vivent côte à côte sans jamais se mélanger et se haïssent.
Lumet démontre comment un simple regard (celui de Al lorsqu’il découvre que le père de sa fiancée est noir) trahit les préjugés raciaux transmis par l’éduction et un environnement social, culturel et familial, sans même parfois en avoir conscience. C’est l’échec du melting-pot américain. Malheureusement et bien qu’il ait rencontré un certain succès critique lors de sa sortie en salles, Contre-enquête ne se hisse pas, loin s’en faut au niveau des meilleurs films du maître. Peu attachant, ses ficelles grosses comme des câbles et trop long (127 minutes quand même), il souffre d’un ventre mou bavard cependant que le personnage du flic ripoux, bien qu’incarné par un Nick Nolte des grands jours lequel, bedonnant et la moustache épaisse, s’est fait le sale physique de l’emploi, est tellement déplaisant (brutal, raciste, homophobe, rien que ça!) qu’il en devient caricatural. Au surplus, la photographie très laide de Andrzej Bartkowiak et une musique insupportable, très mal utilisée par surcroît, font que Contre-enquête a plutôt mal vieilli en définitive. Grâce au métier de Sidney Lumet toujours capable de beaux coups de pinceaux, cela reste toutefois du travail solide qui se suit sans déplaisir. (16.02.2025) ⍖⍖
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