L’arrêt de la série Monty Python’s Flying Circus en 1974 ne scelle pas pour autant la fin de cette iconoclaste troupe humoristique. Les Anglais seront ainsi réunis dans trois films (Sacré Graal, La vie de Brian et Le sens de la vie) et se croiseront à de multiples reprises au fil des années (Jabberwocky, Un poisson nommé Wanda…). Leur première expérience au cinéma (sorti en 1971, Pataquesse est en fait une simple compilation de quelques uns de leurs plus fameux sketchs) les voit s’emparer du mythe arthurien broyé à la moulinette de leur humour absurde et délirant. Les chevaliers de la Table Ronde n’y résisteront pas. Les animaux n’ont plus. Passé un générique loufoque qui déraille très vite et donne d’emblée le ton, Sacré Graal se présente comme une succession de saynètes dont beaucoup sont devenues cultes. Citons en vrac le combat joyeusement gore entre Arthur et le chevalier noir qui, réduit à un homme-tronc veut malgré tout continuer à se battre et traite son adversaire de lâche, l’épisode de la Sainte-Grenade d’Antioche, les inoffensifs lapins transformés en cheval de Troie ou en bête sanguinaire, le pont de la mort, le chevalier du « Ni »... Jouant sur toutes sortes d’anachronismes (les paysans contestataires convertis aux idées marxistes, les flics qui débarquent à la fin), les Rosbifs n’épargnent rien ni personne selon leur géniale et ravageuse habitude, de l’Église, évidemment, aux Français, d’une grossièreté débraillée.
Mais l’héroïsme est tout aussi raillé : le roi Arthur chevauche sans cheval dont le bruit des sabots est imité par des noix de coco, le prude Galahaad manque de peu de se faire violer par une armée de religieuses nymphomanes terrées dans leur château, un Robin inverti caracole flanqué de ménestrels qui se moquent de sa couardise (le salut est dans la fuite)... Des gags récurrents (l’hirondelle) et les animations de Terry Gilliam lient le tout en un délire facétieusement bordélique. Parodique peut-être, frappé du coin du non-sens, Sacré Graal n’en demeure pas moins réaliste dans sa vision d’un Moyen-Âge boueux, peuplé de loqueteux aux gueules bizarres, qui collectent les morts pour quelques pièces, jettent des animaux par-dessus les fortifications (des vaches, des poules!) ou, galvanisés par l’effet de meute et d’obscures croyances, condamnent une femme pour sorcellerie au terme d’une ordalie grotesque. En cela, il annonce déjà Jabberwocky que Terry Gilliam, fasciné par l’époque médiévale, réalisera l’année suivante avec ce mélange poétique d’authenticité et de fantastique qui n’appartient qu’à lui. Curieusement, l’évident manque de moyens participe de la démythification de la quête des Chevaliers de la Table ronde réduite à des types qui trottinent au milieu de quelques bouts de décors. Sacré Graal est un sacré film, sans aucun doute le plus drôle des Monty Python car le plus proche de la série. Et donc le meilleur. (13.02.2025) ⍖⍖⍖⍖
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