Richard Fleischer - Le génie du mal (1959)


Sans pouvoir être considéré comme un auteur, Richard Fleischer n’était pas que l’employé servile de Richard Zanuck à la Fox, comme le démontrent certains thèmes récurrents qui travaillent ses films et généralement les meilleurs. La psychologie criminelle et la dénonciation de la peine de mort façonnent ainsi une œuvre dont le caractère humaniste a parfois été effacée au profit d’un simple savoir-faire technique auquel le cinéaste s’est vu réduit au fil du temps. Formant avec L’étrangleur de Boston (1968) et L’étrangleur de Rillington Place (1971), une trilogie informelle, Le génie du mal s’inspire comme La corde (1948) de Alfred Hitchcock d’un fait réel, l’affaire Leopold et Loeb, deux étudiants de la bonne société du Chicago des années 20 qui, persuadés de leur supériorité, commettent un crime qu’ils pensent être parfait. Les deux films n’en différent pas moins l’un de l’autre, ne serait-ce déjà parce qu’ils ne puisent pas dans la même source, The Rope adaptant une pièce de théâtre, Compulsion, le roman de Meyer Levin. De même, alors que cette histoire fut surtout pour Hitchcock le prétexte à relever un défi technique (concevoir un film constitué – supposément - d’un seul plan séquence), Fleischer quant à lui cherche avant à tout à ausculter, à sonder l’âme de ces deux criminels afin de comprendre la raison de leur acte. Fidèle au bouquin, Le génie du mal se scinde en deux parties. La première commence une fois le crime commis, que le réalisateur choisit donc de ne pas montrer à l’écran. 


Tout du long, de nombreuses ellipses entameront le récit afin de se concentrer uniquement sur la personnalité de Arthur et de Judd, unis dans un rapport équivoque de domination / soumission sur fond d’homosexualité à peine camouflée. Si le premier semble être le cerveau et le second, le faible rongé par une hyper émotivité, la répartition des rôles se révèle en vérité moins figée qu’elle n’en a l’air. Avec minutie, à la manière de sujets d’une expérience scientifique, le film les décrit dans leur environnement social et leurs rapports avec leur famille et leurs amis, tout entier imprégnés par la théorie du surhomme de Nietzsche. Exalté ou plus ombrageux, ce que souligne le noir et blanc profond du directeur de la photographie William C. Mellor, Bradford Dillman et Dean Stockwell les incarnent à la perfection. Si l’enquête paraît secondaire, l’étau se ressert brusquement avec l’éruption du procureur (campé par E.G. Marshall), intimement convaincu de leur culpabilité. La deuxième partie est consacrée au procès, dominée par un Orson Welles méconnaissable en avocat négligé qui, comme l’ont souligné certains, a quelque chose du Raimu des Inconnus dans la maison. Bien qu’il évite de peu le cabotinage, sa plaidoirie contre la peine de mort sonne d’une façon par trop grandiloquente pour emporter totalement l’enthousiasme. Mais elle aura permis aux deux accusés, que le film ne cherche pas à excuser, d’éviter la chaise électrique, ce dont ils ne seront d’ailleurs pas reconnaissants à leur défenseur, préférant à la prison une fin tragique qui collait davantage à leur vision du monde et d’eux-mêmes. S’il n’évite pas toujours l’ennui, Le génie du mal n’en confirme pas moins encore une fois la maîtrise de Richard Fleischer qui, alors au sommet de sa carrière, enchaîne avec une égale réussite Le temps de la colère, Les Vikings ou Duel dans la boue.  (20.04.2025) ⍖⍖


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