Richard Fleischer - Le temps de la colère (1956)

La période qui court de 1954 à 1959 voit Richard Fleischer signer quelques-unes de ses plus belles réussites, dans une variété de registres qui contredit l’image de simple technicien chevronné que certains critiques lui ont accolée : épopée historique (Les Vikings), aventure mâtinée de science-fiction (20 000 lieues sous les mers), polar bien sûr (Les inconnus dans la ville), western (Bandido Caballero, Duel dans la boue), drame criminel avec (La fille sur la balançoire) ou sans costumes (Le génie du mal) et film de guerre (Le temps de la colère). Alors que ce dernier est désormais considéré comme une œuvre majeure que le genre a offert dans les années 50 aux côtés du Cri de la victoire de Raoul Walsh ou de Cote 465 de Anthony Mann, Fleischer ne semble pas en avoir été satisfait, reprochant au studio d’en avoir édulcoré le propos. La fox elle-même fut pourtant déçu du résultat, n’y trouvant pas le spectacle guerrier attendu. En vérité, contrairement à ce qu’annoncent ces titres aussi bien français qu’américain au demeurant magnifiques, il s’agit moins d’un pur film de guerre que la peinture de la fin d’un monde, celui d’une Amérique figée dans un ordre social inégalitaire, comme le suggère le titre du matériau d’origine, le roman de Francis Gwaltney, "The Day The Century Ended". Riche propriétaire de champs de coton dans le Sud des Etats-Unis, Sam Glifford (Robert Wagner dans l’un de ses meilleurs rôles), héros qui n’en est pas vraiment un, incarne cette caste méprisante dont les préjugés arrogants vont se fracasser sur la réalité de la guerre qui balaie les différences de classe. 


Découvrant la fraternité et l’amitié au contact d’hommes qu’il dédaignait jusque là, Clifford va peu à peu s’humaniser en une quête initiatique. De fait, malgré quelques scènes spectaculaires (le débarquement dont le réalisme violent a peut-être inspiré Clint Eastwood pour son diptyque consacré à la bataille d’Iwo Jima), Le temps de la colère montre moins les ravages de la guerre sur les corps – néanmoins déchiquetés par l’impact des balles - que sur les âmes, proposant toute une galerie d’officiers que les combats ont détruit de l’intérieur, tels ce lieutenant qui fusille ses hommes et plus encore le capitaine Waco Grimes qui, craignant d’être abattu par les Japonais, est constamment flanqué par deux soldats aux muscles huileux (dont le génial Skip Homeier) en une relation bizarre teintée d’une homosexualité latente. Reclus dans sa cabane et rongé par une folie sourde, il y a dans ce capitaine déchu un peu quelque chose du colonel Kurtz d’Apocalypse Now. Broderick Crawford livre une interprétation marquante, tout en puissance et finesse. Louons enfin la mise en scène de Richard Fleischer dont la maîtrise du cinémascope impressionne. En ouverture, le travelling arrière et latéral qui suit à travers le camp un Robert Wagner brisé, est un modèle de virtuosité auquel répond à la fin la course dangereuse du comédien dévalant une colline, les Japonais aux trousses, moins par héroïsme que pour sauver celui-ci qui est devenu son ami, soulignant encore une fois qu’au-delà de son message antimilitariste, Between Heaven And Hell décrit avant tout la (re)naissance d’un homme. (15.04.2025) ⍖⍖⍖


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