Le cinéma anglais des années 50, de guerre plus particulièrement, demeure un des plus beaux du monde, comme l’illustre Agent secret S.Z. (titre français qui selon son habitude ne se casse pas trop la tête), œuvre pourtant assez méconnue qui, à l’instar des Briseurs de barrages par exemple, honore la bravoure de celles ou ceux qui sont morts pour la patrie. Lewis Gilbert, qui vient alors de réaliser L’admirable Crichton (1957), autre fleuron cinématographique de la Perfide Albion, raconte l’histoire vraie de Violette Szabo, jeune anglaise qui durant la Seconde Guerre mondiale s’engage au sein du Special Operations Executive. Opérant dans la France occupée, elle sera finalement capturée par les Allemands et déportée dans le camps de Ravensbruck où elle sera fusillée. Avec rigueur, le film relate les différentes étapes de son parcours. Son coup de foudre pour un soldat français qu’elle épouse et dont la mort la décidera à accepter de rejoindre les services secrets pour prendre sa part au conflit, son entrainement, ses missions qui lui sont confiées et son exécution jalonnent et façonnent sa destinée tragique. Carve Her Name With Pride délivre ainsi le portrait d’une héroïne admirable par sa détermination et son courage qui ont quelque chose de sacrificiel, inversant la répartition des rôles avec les hommes et les femmes : c’est elle qui, mitraillette au poing, couvre la fuite d’un résistant avec une férocité incroyable avant de tenir tête à la Gestapo.
C’est un cinéma qui ne se sent jamais obligé d’expliquer ni de tout montrer. Quelques scènes parmi les plus belles en témoignent. Une simple lettre remise par le facteur à la mère de Violette suffit à nous apprendre la mort d’Etienne Szabo, sans qu’aucun mot ne soit échangé. De même, à la fin, lorsque le roi George VI remet une médaille posthume à la fille de Violette, la scène est filmée à sa petite hauteur, les grands-parents en arrière plan et du souverain, seule la main apparaît à l’écran. Tout du long, la relation entre l’héroïne et Tony Fraser est esquissée avec pudeur et retenue. Enfin, l’exécution finale, ciselée avec une sécheresse brutale, se résume aux canons des mitraillettes, repoussant la mort en tant que telle hors du champs de la caméra. Dans un noir et blanc profond, la mise en scène de Lewis Gilbert brille par son mélange de fluidité et d’efficacité qui lui dicte des mouvements d’appareil aussi discrets que saisissants. Epure et authenticité caractérisent un film qui sans effets appuyés, touche au cœur, aidé par des acteurs formidables, Virginia McKenna en tête, dont la beauté ordinaire cache force et résilience. A ses côtés, nous sommes tout étonnés de reconnaître Denise Grey (qui semble avoir toujours été vieille) et Maurice Ronet en résistant. Quant à Jack Warner, il incarne à lui seul la grandeur du cinéma anglais des années 40 et 50, digne et émouvant. (27.04.2025) ⍖⍖⍖
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