Richard Fleischer - Du sang dans la poussière (1974)

Alors qu’il n’a jamais caché ne pas éprouver une attirance particulière pour le western, il peut sembler étonnant que Richard Fleischer en tourne justement un, le premier depuis Duel dans la boue en 1959, alors que le genre est moribond. Le fait qu’il l’ait d’ailleurs produit avec Walter Mirisch suggère que Du sang dans la poussière lui tenait peut-être à cœur. Que nous raconte-t-il ? Après avoir sauvé un pilleur de banque gravement blessé, trois jeunes garçons décident de l’imiter et de partir à l’aventure. Mais ils déchanteront vite, glissant sans l’avoir cherché de vagabonds à criminels en un périple initiatique qui se soldera par un mortel gâchis. Loin du voleur plein de panache, Harry Spikes n’est en vérité qu’un foireux en qui on ne peut avoir confiance, tandis que Will, Les et Tod comprendront à leurs dépens que cette vie de hors-la-loi, qu’ils ont idéalisée, n’est pas faite pour eux. Réalisé en 1974, The Spikes Gang s’inscrit donc dans le courant du western révisionniste évidé de tout romantisme, interrogeant la violence et sa fascination de manière démythificatrice. Il a néanmoins le bon goût de ne pas céder au sanglant facile, plus proche en cela, par sa tendresse et son amertume, des Cowboys de Mark Rydell (1972), que Irving Ravetch et Harriet Frank Jr ont également écrit, que des cartouches biberonnées à la sauce italienne. 


Et si, du fait de son maigre budget, il manque d’ampleur et de souffle, encore que ce relatif dénuement participe finalement à l’existence misérable qu’il dépeint, Du sang dans la poussière a pour lui sa simplicité et son absence de prétention au contraire de nombreux autres westerns de la même veine et de la même époque, tapageurs et vulgaires. En outre, le film souligne le malentendu qui existe au sujet de Richard Fleischer dont la réputation de technicien tout terrain maître de l’action (Les Vikings) et des effets spéciaux (Le voyage fantastique) a quelque peu occulté la dimension humaine et psychologique de son œuvre. Ainsi, dans The Spikes Gang, braquages et fusillades l’intéressent moins que le récit d’apprentissage de ces gamins peu à peu désillusionnés par une réalité triste et pathétique. Il est aidé par un remarquable trio de jeunes comédiens dont, au premier chef, Gary Grimes découvert quelques années plus tôt dans Un été 42 de Robert Mulligan, face à un Lee Marvin qui, bien dirigé, sait ne pas trop en faire dans un rôle qui s’y prêtait pourtant. Malgré ses limites, Du sang dans la poussière est un des beaux westerns méconnus des années 70. (28.05.2025) ⍖⍖⍖


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