Parmi les rares westerns que Richard Fleischer a réalisés (le genre l’intéressait peu), Duel dans la boue demeure, de part son cadre (le monde des éleveurs, la petite ville avec son saloon, ses filles…), le plus classique du lot. Pourtant, classique, son scénario ne l’est pas tant que cela puisqu’il prend pour héros un homme rongé par l’ambition, vacher prêt à tout pour s’enrichir et gravir les échelons de la société, quitte à oublier ses amis et à préférer à la pauvre fille, prostituée de son état, qui lui a prêté de l’argent, la nièce d’un notable. Bien sûr le film aurait pu se montrer bien plus sombre dans son portrait d’un ambitieux ivre de pouvoir. Ainsi, malgré son arrivisme dévorant, Lat Evans ne nous est jamais totalement antipathique car se dresse en face de lui un vrai salaud tandis que, prenant finalement conscience du sale type qu’il est devenu, une rédemption obligée finira par le remettre dans le droit chemin. Mais enfin, en 1959, proposer un western avec un personnage principal aussi ambigu s’avère audacieux. En cela, These Thousand Hills annonce déjà aux côtés de Libre comme le vent de Robert Parrish ou de L’homme de l’Ouest d’Anthony Mann la mutation qui va travailler le genre dans les années 60. Mais ce héros de prime abord peu exemplaire ne constitue pas la seule originalité de Duel dans la boue.
L’importance accordée au personnage féminin vers laquelle l’empathie du spectateur se déporte naturellement ou la rareté de la violence et des scènes d’action se révèlent tout aussi insolites. Celles-ci n’en sont d’ailleurs que plus fortes, citons la course de chevaux, le lynchage de Stuart Whitman ou la bagarre finale dans la boue (qui donne ce titre français idiot comme souvent, à croire que le distributeur n’a visionné que les dernières bobines !). Epaulé par le directeur de la photographie Charles G. Clarke, Richard Fleischer insiste avec brio sur la couleur et l’éclairage qui trempent les décors extrêmement soignés dans une lumière bien particulière, à la fois picturale (le jaune des fenêtres la nuit) et presque religieuse comme la cage d’escalier de la maison de Callie que des vitraux semblent illuminer. Ce travail formel, associé au Cinémascope utilisé avec une habileté confondante et une maîtrise du cadre et des mouvements d’appareil tout aussi brillante (le travelling qui suit Lad Evans lorsqu’il se dirige vers la salle de jeu pour affronter Jehu), façonne un des films de Fleischer parmi les plus aboutis sur le plan plastique. Une distribution impeccable que domine Lee Remick en putain au grand cœur et que peuplent les visages familiers de Richard Egan (toujours à son aise en gros vilain) ou de Royal Dano, concourt enfin à la réussite exemplaire de ce western qui, succédant à une série d’œuvres majeures (Les inconnus dans la ville, Les Vikings, Le temps de la colère), ferme la période la plus faste du cinéaste qui devra attendre ensuite 1966 et Le voyage fantastique pour renouer avec le succès. (22.04.2025) ⍖⍖⍖
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