Sorti en 1975, Mandingo peut être considéré comme la dernière œuvre majeure de Richard Fleischer. Le scandale qu’il déclencha obligera en effet par la suite le cinéaste à accepter des films moins risqués et surtout moins personnels qui ne lui permettront plus ni de déployer autant son talent ni de leur injecter sa marque. The Incredible Sarah est le premier d’entre eux. Malgré quelques nominations, dont celle du Golden Globe de la meilleure actrice, l’accueil qu’il subit alors est glacial. Il est aujourd’hui quasi invisible. Le projet n’était pourtant pas sans être riche de belles promesses. La vie mouvementée et la carrière de Sarah Bernhardt, une des actrices les plus importantes de son temps, se prêtaient idéalement à l’exercice du biopic. Confier son rôle à Glenda Jackson, elle-même comédienne parmi les plus brillantes de sa génération, au caractère lui aussi bien trempé par ailleurs, était une bonne idée. Et Richard Richard Fleischer, qui s’était déjà frotté au film en costumes (La fille sur la balançoire), semblait être un choix judicieux pour emballer le tout. Malheureusement c’était sans compter sur les producteurs (le Reader’s Digest!) qui ont peu à peu vidé le matériau d’origine de sa substance, en réduisant le parcours de Sarah Bernhardt à une simple ascension artistique et en prenant bien soin d’en édulcorer les aspects les plus subversifs (sa vie de demi-mondaine plus particulièrement).
Le résultat se révèle aussi lisse que conventionnel, ne suscitant qu’un ennui poli. Un comble pour un film qui prêtant relater la destinée d’une femme aussi moderne, éprise de liberté et mue par une farouche obstination ! S’il a pris plaisir à diriger Glenda Jackson, Richard Fleischer donne néanmoins l’impression de s’exécuter sans jamais imposer sa signature à un métrage qui du coup pourrait avoir été réalisé par n’importe quel tâcheron anglais des années 70. On rêve de ce qu’un Ken Russell aurait lui su tirer de la vie de Sarah Bernhardt dont ce biopic est le seul qui existe au surplus. Une production soignée, quelques scènes marquantes (la représentation théâtrale qui l’achève), de solides seconds rôles (Edward Judd) et une Glenda Jackson excellente, bien qu’elle le soit moins que d’habitude, ne sauvent cependant pas d’une cruelle déception The Incredible Sarah, non seulement l’un des films les moins connus de Fleischer mais surtout l’un des moins inspirés… (09.06.2025) ⍖
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