Pape du X hexagonal de l’âge d’or (Burd Tranbaree, c’est lui), Claude Bernard-Aubert n’a jamais renoncé au cinéma traditionnel auquel, avant de tâter de la fesse, il avait offert notamment L’ardoise (1970) avec Adamo et surtout L’affaire Dominici (1973) avec Jean Gabin. Ainsi, entre deux Brigitte Lahaie, il trousse L’aigle et la colombe en 1977. De loin, le film semble sucer les mamelles crapoteuses de la nazisploitation, sous -genre honnie qui souillait alors les écrans et dont la frontière avec le porno fut toujours poreuse, comme l’illustre la trilogie d’Alain Payet (Helga, la louve de Stilberg, Train Spécial pour Hitler et Nathalie dans l’enfer nazi). Mais si L’aigle et la colombe en coche toutes les cases (tortures, viol, saphisme, décors miteux), avec parcimonie néanmoins, on devine pourtant chez Claude Bernard-Aubert une toute autre ambition dans cette histoire d’étudiante, qui achevant à Munich une thèse sur le Führer, est enlevée par un mystérieux groupuscule néo-nazi afin de l’aider à organiser un coup d’état. Seulement, le cinéaste n’a ni les moyens ni – il faut le reconnaître – le talent pour cela. Après un début prometteur qui installe un climat de plus en plus inquiétant, le film se terre ensuite dans une sorte de bunker où, bercés par la voix monocorde de Lisbeth Hummel (pas franchement convaincante en Américaine), des nostalgiques du IIIème Reich se préparent à conquérir le monde (sic).
Mais l’œuvre échoue à rendre palpable la menace que sont censés incarner cette poignée de néo-nazis, réduits à quelques gens vaguement bizarres. A la violence nauséeuse et choquante, Bernard-Aubert préfère diffuser une ambiance au bord d’un fantastique autoritaire, voire d’un romantique trouble dans la relation attendrie qui naît peu à peu entre Kate et Hubert, pauvre erre choisi pour être l’Elu. Afin de compromettre le funeste plan de cette organisation cryptique, la jeune femme se suicide avec son compagnon, lovés dans un lit alors qu’un gaz mortel se répand dans la chambre en une conclusion sombre et belle à la fois. Tout cela créé un envoûtement, presque une douce somnolence, qui contribue à rendre le film ambigu dans son propos, au point de soupçonner Claude Bernard-Aubert de complaisance, davantage par maladresse que par conviction en vérité. Au final, L’aigle et la colombe ne satisfera personne, pas plus les amateurs de bisseries nauséabondes que de suspenses complotistes. Le nanar n’est pas loin mais, à l’image de son beau titre, un charme étrange s’en écoule cependant, bien qu’on eut préféré qu’il se repaisse dans la franche nazisploitation avec du cul dedans, ce qui n’est même pas le cas ! (17.06.2025) ⍖⍖
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