La gagne devait être réalisé par Harold Becker, remarqué pour son Tueurs de flics (1979) avec John Savage et James Woods et plus tard auteur d’une poignée de thrillers de bonne mémoire (Mélodie pour un meurtre, Malice, City Hall). En désaccord avec le producteur, il quitte le malheureusement le tournage au bout de deux semaines, remplacé par l’obscur Ben Bolt, commis ayant surtout besogné à la télévision (la série Bergerac notamment). Le fait qu’un cinéaste abandonne un film en cours de route augure rarement d’une réussite à l’arrivée. The Big Town le démontre malheureusement. Pourtant, le programme annoncé était sinon alléchant au moins raisonnablement prometteur : un bon casting, une histoire qui, pour être classique, en valait toutefois bien d’autres, tirée d’une série noire de Clark Howard à fortiori, et surtout l’ambition de renouer avec l’atmosphère du film noir de jadis, son milieu interlope, ses salles de jeux enfumées, ses femmes fatales, à une époque où le genre n’est plus à la mode, quand bien même La couleur de l’argent (1986), suite de L'arnaqueur (1961) de Robert Rossen, que Martin Scorsese vient alors de livrer, l’a probablement inspiré, troquant le billard pour les dés. On pense également au Kid de Cincinnatti (1965) de Norman Jewison qui lui évoque le poker.
Mais La gagne ne les égale évidemment pas. Qu’est-ce qui ne fonctionne pas ? Si l’ambiance du Chicago des années 50 est plutôt bien rendu, malgré une photo dégueulasse typique des eigthies et un manque de moyens évident, Ben Bolt échoue en revanche à insuffler la moindre tension aux parties de Craps, vite ennuyeuses dès lors qu’on n’en connaît mal les règles. La rivalité entre Cullen, le héros bouseux doué pour les dés et Cole le patron du club n’est pas moins morne. Pire la distribution pourtant solide ne fait aucune étincelle. Quoiqu’auréolé des succès de Ousiders et de Rusty James de Coppola, que complète le Target de Arthur Penn, Matt Dillon n’a jamais été un acteur enthousiasmant et le rôle peu attachant qu’il tient n’aide pas à nous le faire apprécier. Dans sa période pré Fugitif, Tommy Lee Jones joue les salauds, sans tellement forcer son talent, moins que dans Stormy Monday qu’il tournera dans la foulée. Bruce Dern écope d’un personnage trop peu étoffé alors qu’il aurait mérité de l’être, comme celui de Tom Skerritt. Ce sont finalement les actrice qui s’en sortent le mieux, de Diane Lane à Lee Grant, sans oublier Suzy Amis dont les scènes qu’elle partage avec Matt Dillon comptent parmi les plus réussies de l’ensemble. Contrairement à la fin, aussi bâclée que moralement éculée. On rêve de la semence fiévreuse et crépusculaire qu’un John Dahl, maître du néo noir des années 90 (Kill Me Again, Red Rock West et Last Seduction), aurait pressé de ce matériau… (02.08.2025) ⍖
.jpg)


Commentaires
Enregistrer un commentaire