Dick Sanders - A contre soleil (1970)


Un homme et une femme. Bernard Fresson s’appelle Vincent, il est ethnographe. Karen Blanguernon est Lorène. Mais cela n’a pas tellement d’importance. Ils sont deux solitudes en quête du grand amour. Ils se rencontrent à la mer, se retrouvent, s’aiment, se séparent, se recroisent à nouveau un peu plus tard... Ils paraissent condamnés à ne jamais réussir à s’aimer en même temps. Le (télé)film capte ces fragments de vie en une romance poétique qui confine parfois à l’abstraction tant le monde semble de pas exister autour de ces deux âmes errantes dont les multiples retrouvailles s’inscrivent néanmoins dans un quotidien réaliste et blafard. De là l’ambiance étrange voire décalée que distille A contre soleil dont la bande-son (ou son absence) nimbe d’un voile quasi fantastique. 

Danseur, chorégraphe puis acteur (dans Pierrot le fou notamment) avant de passer derrière la caméra, essentiellement pour la télévision, Dirk Sanders use d’un langage cinématographique empreint de la liberté de son temps. Comme l’est également le jeu de Karen Blanguernon (qui était sa femme à la ville), très marqué années 60/70, dont le naturel et la fraîcheur toutefois teintés d’amertume, évoque un mélange d’Anna Karina et Mireille Darc pour le style et Marie Laforêt pour la beauté un peu distante. Bernard Fresson est quant à lui étonnant dans un drôle de rôle romantique, touchant même, lorsqu’il comprend que le bonheur d’une grande histoire d’amour lui échappera toujours. Scellé par d’excellents dialogues en forme de ping-pong verbal, ils présentent un couple qui n’en est pas vraiment un, improbable et pourtant complice. Une vraie curiosité, singulière et cérébrale, comme seule la télévision française pouvait en imaginer à l’époque. (09.09.2025) ⍖⍖


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