Exodus - Goliath (2026)


C’est un paradoxe : alors, qu’avec le regretté Paul Baloff, il reste indissociable de l’identité d’Exodus dont il a enregistré les référentiels Pleasures Of The Flesh et Fabulous Disaster (entre autres), Steve "Zetro" Souza a toujours été le point faible du groupe, chanteur limité à la voix peu agréable. Son énième éviction en 2025 avec avoir participé aux albums Blood In, Blood Out et Persona Non Grata était finalement une bonne nouvelle, sauf pour quelques vieux hardos bloqués dans le passé. Que les Américains aient qui plus est décidé de rappeler pour gueuler dans le micro Rob Dukes, qui avait déjà avantageusement remplacé Souza entre 2005 et 2024, en était une autre, laissant présager un treizième méfait dans lignée hargneuse et plus moderne surtout, du diptyque Exhibit A & B, sans doute l’apogée d’Exodus aux côtés du fondateur Bonded By Blood en 1985. Molesté par le chant de Dukes, plus âpre et moins old school que celui de son prédécesseur, Goliath marque donc un retour à l’ère Shovel Headed Kill Machine ou Let There Be Blood, terreau d’un thrash aussi sombre qu’acéré, comme le déclare d’emblée un ‘3111’ brutal et doté d’une seconde partie implacable, monstre d’acier qui moissonne les cadavres à la manière d’un rouleau compresseur. Toutefois, une chose ne change malheureusement pas pour ce vétéran de la Bay Area : il ne réussit toujours pas à réaliser l’album parfait, celui qui, sans temps morts ni baisse de régime, pourrait rivaliser avec les mètre-étalons du genre. 


De sorte que ce nouvel effort, comme ses devanciers, alterne des titres excellents et d‘autres qui le sont beaucoup moins. Le déjà cité ‘3111’, ‘Goliath’, mi-tempo rampant qui s’enfonce dans un abîme malsain, ‘Summon Of The God Unknown’, marathon pesant long de près de huit minutes ou bien encore ‘Beyond The Event Horizon’, qui bastonne à fond les ballons, incarnent le versant le plus réussi de l’écoute. Au demeurant bien sûr efficaces, ‘Promise To You’ (qui n’est pas sans rappeler un autre dinosaure, Annihilator), ‘The Dirtiest Of The Dozen’ ou 2 ‘Minutes Hate’, sont eux plus banals. Quant à ‘Hostis Humani Genesis’ et ‘The Changing Me’, ils illustrent qu’Exodus sait toujours pondre des intros ravageuses qui mordent la mémoire mais dont les belles promesses ne sont pas tenues. Ce qui est particulièrement évident pour le second qui, accueillant en invité Peter Tägtgren (Hypocrisy), adoucit trop son propos d’un sirop mélodique pour emporter totalement l’adhésion. Reste que la paire Gary Holt / Lee Altus abat selon sa jubilatoire habitude un travail du feu de dieu, tant en terme de riffs que de guitare lead, qui emporte tout. Moins furieux que prévu mais plus inspiré que ses deux prédécesseurs (mal) chanté par Steve Souza, Goliath est dans la bonne moyenne des albums d’Exodus qui cependant rate encore le coche, incapable de tirer pleinement profit des talents qu’il rassemble. (12.04.2026 | MW) ⍖⍖

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