Michael Anderson - Les jeunes loups (1960)


Couple glamour à l’histoire tumultueuse et tragique, Robert Wagner et Natalie Wood n’ont étonnamment partagé l’affiche qu’une seule fois. Il est ainsi regrettable qu’ils n’aient pas été réunis dans un film plus marquant que ce All The Fine Young Cannibals aujourd’hui oublié. Son beau titre (encore une fois – mal – traduit en français par Les jeunes loups) laissait espérer mieux que ce mélodrame sudiste à la Tennessee Williams sur fond de blues, hantés par des personnages qui semblent incapables d’être heureux. Aînée d’une fratrie miséreuse, Sara est amoureuse de Chad dont elle tombe enceinte. Chacun cherche à fuir le père, vivant ou mort, elle parce qu’il est autoritaire, lui parce qu’il était raciste. Aspirant tous les deux à une vie meilleure, ils se séparent et quittent leur Texas natal. Leurs chemins se croiseront néanmoins à nouveau, non sans les faire souffrir. Au demeurant solide technicien, l’Anglais Michael Anderson n’était sans doute pas le réalisateur le plus approprié pour illustrer cette histoire. 


Son premier film réellement américain tant par son sujet que par ses interprètes confirme que guerre (Les briseurs de barrages), suspense (L’homme à démasquer) et aventure maritime (Cargaison dangereuse) lui conviennent mieux que le registre dramatique dont il n’extraie qu’une œuvre aussi empesée que déprimante, l’émotion en jachère. Quand bien même il capte avec une certaine justesse naturaliste la mélancolie de personnages qui traînent le malheur en héritage, on rêve de ce qu’un Elia Kazan ou un Vincente Minnelli par exemple auraient pu tirer de ce matériau. Au surplus et contre toute attente, les acteurs n’emportent même pas tellement l’adhésion. Alors en pleine ascension, Natalie Wood est séduisante mais elle sort trop vite de sa chrysalide besogneuse et misérable, se métamorphosant en femme du monde, pour convaincre. Sa carrière de jeune premier au contraire déclinante, Robert Wagner offre une sorte d’imitation constipée de Chet Baker. George Hamilton et Susan Kohner sont à peine moins mauvais. Seule la chanteuse noire Pearl Bailey se révèle touchante dans une relation interraciale curieuse et audacieuse pour l’époque. (Trop) long de près 120 minutes, l’ensemble se révèle apathique et ennuie plus qu’il n’émeut. Une déception. (15.10.2025) ⍖


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